lundi 23 juillet 2012

Occupons la forge à grand-papa Léo

À la mi-novembre, quelques dizaines de jeunes Rimouskois en colère ont décidé de joindre le grand mouvement des Indignés(1). Une majorité de Québécois semblent les appuyer. Affirmant dans un slogan représenter 99% de la population, les campeurs du parc de la Gare dénoncent avec éclectisme la gouvernance mondiale.

Le capitalisme, dans sa forme spéculative en particulier, s'est déchaîné ces derniers 30 ans comme il n'avait pu le faire depuis le XIXe siècle. Or, les sociétés occidentales de cette époque - l'Angleterre victorienne en tête - mobilisèrent leur «réservoir culturel» afin de le civiliser: famille, religion, nation, etc. En nous convainquant du caractère patriarcal de la famille, obscurantiste de la religion et xénophobe de la nation, la contre-culture des années 1960 a considérablement affaibli les valeurs culturelles fondamentales dressées contre les excès du marché et permis ironiquement à la crise de s'étendre. Bien que progressiste, l'émancipation de l'individu et des minorités mis en péril le lien social, notamment la solidarité entre travailleurs. Cette interprétation - venant autant de la droite que de la gauche - explique pourquoi nous sommes aujourd'hui dans un monde en déficit de sens, modernes désemparés le plus souvent réduits à la consommation et au divertissement. Qu'avons-nous à transmettre?

Revitaliser la vieille forge

Unique au Bas-Saint-Laurent, la boutique du forgeron et maréchal-ferrant Léonidas (Léo) St-Laurent (1908-1985) subsiste toujours sur son site d'origine au centre du village de Saint-Anaclet-de-Lessard près de Rimouski(2). Ce bâtiment de style Second Empire avec toit à la Mansart à deux eaux construit en 1885 par Zéphirin Lavoie, cédé par la succession de la famille St-Laurent à la Corporation du patrimoine de ladite municipalité au printemps 2007 et nouvellement restauré(3), fut un endroit où mon aïeul rendit généreusement de 1939 à 1973 de multiples services aux ruraux, faisant honneur au passage à la proverbiale hospitalité des Canadiens français(4). S'y rencontrer et discuter, bien au chaud, des sujets les plus divers devint pour de nombreux citoyens anaclois un rituel quotidien. Simple nostalgie? Pour l'appartenance à la communauté, l'avenir de la civilisation occidentale et un développement durable, j'estime plutôt que certains lieux publics et savoir-faire ancestraux - masculins dans ce cas-ci - méritent une seconde vie. Ils donnent sens à notre existence en nous aidant à faire monde commun. Bref, un métier de forgeron à remettre sur l'enclume et une «ligue du vieux poêle» à ressusciter.


La forge St-Laurent avec l'étable et la maison du forgeron en novembre 2011. Photo: Caroline Sarah St-Laurent
Article paru sur le site Internet du quotidien Le Soleil de Québec le 27 novembre 2011.

Notes et références
(1) Justine Canonne, «Indignés: les nouvelles formes de protestation», Sciences Humaines, mise à jour le 2 novembre 2015, [En ligne] http://www.scienceshumaines.com/indignes-les-nouvelles-formes-de-protestation_fr_28437.html (Page consultée le 14 août 2016).
(2) Située au 76, Principale Ouest.
(3) Page de la Corporation sur le site Internet de la municipalité: http://www.stanaclet.qc.ca/histoire/index.php?page=2
(4) Sur l'hospitalité des Canadiens français, il importe de citer le plus grand contempteur de notre nationalité avant Pierre Elliott Trudeau. John George Lambton, comte de Durham, dut concéder dans son fameux rapport de 1839: «Ils sont doux et accueillants, frugaux, ingénieux et honnêtes, très sociables, gais et hospitaliers; ils se distinguent par une courtoisie et une politesse vraie qui pénètrent toutes les classes de leur société».

Léonidas St-Laurent à l'entrée de la forge.
Photo: Famille Luc St-Laurent

Partie avant du bâtiment vers 2003. Photo: Caroline Sarah St-Laurent

L'arrière de la forge vers 2003. Photo: Caroline Sarah St-Laurent
On pouvait encore apprécier les traces laissées sur le bois par le grand incendie du 7 août 1945.

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