samedi 30 août 2014

La Financière Sun Life redore son blason avec le Colisée de Rimouski

Manchette du quotidien The Gazette le 7 janvier 1978.
«Le géant de l'assurance, Sun Life, quitte Montréal pour Toronto peu après la première victoire du Parti québécois.»
Photo et commentaire: Montreal Gazette, 31 janvier 2015.

La Financière Sun Life, l'Océanic et la Ville de Rimouski ont annoncé, en un point de presse festif, que pour les cinq prochaines années le Colisée de Rimouski portera le nom de Colisée Financière Sun Life. «L'équipe [journalistique] de toute une région» a passé sous silence un aspect important de l'entente.

Le Colisée Financière Sun Life, port d'attache en Ontario

En 2010, comme nouvelle dirigeante de Sun Life au Québec, Isabelle Hudon ne voulait pas seulement augmenter les ventes d'assurances ou de REER. Elle s'est donnée comme mission de faire oublier aux Québécois le douloureux épisode du déménagement du siège social de Sun Life à Toronto, en 1978.

Devant l'adoption de la Loi 101 par le gouvernement du Parti québécois et l'éventualité d'un référendum sur la souveraineté, la compagnie d'assurances avait déménagé son siège social dans la Ville Reine. Une décision qui a toujours des répercussions trois décennies plus tard. «Ça ne continue pas de faire mal, mais c'est dans la mémoire collective, disait Isabelle Hudon. Mon fils, qui étudie au secondaire, me disait qu'on prenait l'exemple de Sun Life dans ses cours pour expliquer le déménagement des sièges sociaux de Montréal vers Toronto (La Presse, 9 août 2010).»

Contrairement aux journalistes «de toute une région (slogan de l'Océanic)», cette dimension historique n'a pas échappé à madame Hudon. Rompue aux relations publiques, elle choisit Rimouski, une ville qui a voté Oui aux référendums de 1980 et 1995, pour redorer l'image corporative de son employeur. Les affaires sont les affaires, mais allez prétendre que la culture, la politique et l'histoire n'agissent pas sur les «vraies affaires»!

Source: Le Rimouskois/Le Progrès Écho


Références:

Vincent Brousseau-Pouliot, «Isabelle Hudon veut redorer le blason de Sun Life au Québec», La Presse.ca, 9 août 2010 [En ligne] http://affaires.lapresse.ca/economie/services-financiers/201008/09/01-4305058-isabelle-hudon-veut-redorer-le-blason-de-sun-life-au-quebec.php (Page consultée le 8 novembre 2016).

Réal-Jean Couture, «C'est le Colisée Financière Sun Life», L'Avantage, 20 août 2014, p. 4 [En ligne] 

Peter Hadekel, «Stagnation city: Exploring Montreal's economic decline», Montreal Gazette, 31 janvier 2015 [En ligne] http://montrealgazette.com/news/local-news/montreals-economic-stagnation (Page consultée le 8 novembre 2016).

Léo-Paul Lauzon, «Isabelle Hudon et la Sun Life», Journal de Montréal, 2 avril 2012 [En ligne] http://www.journaldemontreal.com/2012/04/02/isabelle-hudon-et-la-sun-life (Page consultée le 8 novembre 2016).

Caroline Paillez, «La Financière Sun Life veut repartir à zéro avec le Québec», Argent/Canoe, 21 mars 2011 [En ligne]http://www.tvanouvelles.ca/2011/03/21/la-financiere-sun-life-veut-repartir-a-zero-avec-le-quebec (Page consultée le 8 novembre 2016).

Olivier Therriault, «Baptisé à 48 ans. Le Colisée Financière Sun Life, port d'attache de l'Océanic», Le Rimouskois, 20 août 2014, p. 3. [En ligne] http://www.rimouskois.ca/2014/08/19/le-colisee-prend-le-nom-de-la-financiere-sun-life.

Article paru sur le site Internet du journal L'Avantage de Rimouski le 23 août 2014.

vendredi 15 août 2014

Le député bloquiste Jean-François Fortin s'auto-pelure-de-bananise

Le Bloc québécois est plus que jamais vivant.

JEAN-FRANÇOIS FORTIN, MAI 2014(1)

«Le fondateur du nouveau parti Forces et démocratie, Jean-François Fortin (à droite), ne peut plus compter sur le soutien traditionnel que lui témoignait le député péquiste Pascal Bérubé.» - Johanne Fournier, collaboration spéciale Le Soleil, 25 octobre 2014.

Le député-touriste Pascal Bérubé (à gauche sur la photo ci-dessus) a dressé un «cordon sanitaire» autour de Jean-François Fortin le mois dernier(2). Les événements actuels mettent en lumière ce qui relevait jusque-là d'un comportement étrange entre deux amis partageant le même électorat.

S'auto-pelure-de-bananiser est une expression savoureuse du folklore politique québécois. Elle fut inventée par Jacques Parizeau et traduit remarquablement bien le geste posé cette semaine par Jean-François Fortin. Ce dernier ayant entrepris de déstabiliser son propre camp...

La rupture avec le Bloc ne saurait assouvir qu'un temps un égotisme débridé. De beaux parleurs ont tenté de charmer l'électeur bien avant monsieur Fortin. Ils assuraient faire de la «politique autrement». Notez que ces «étoiles filantes» sont aujourd'hui en dehors du firmament politique(3)! L'inconstant député qui nous assène, entre autres slogans, la «politique autrement» brandissait la ligne de parti lors du départ de Maria Mourani(4)! Enfin, celui qui se réclame à tout vent de la démocratie oublie qu'il a été élu sous la bannière et avec l'argent (82 536,78$ selon le rapport financier,5) du Bloc québécois! Son chef légitime est nul autre que Mario Beaulieu.

Dans sa chute, Jean-François Fortin torpille le Bloc québécois

La cause indépendantiste exige une large coalition des forces nationales. Or, monsieur Fortin opte maintenant pour une approche clientéliste avec son parti hypothétique «Régions Québec» (devenu Forces et Démocratie). Nos régions souffrent... À quand une formation pour chacun des «damnés de la terre»: Parti des Amérindiens du Canada (PAC), des femmes (PFC), des homosexuels (PHC)? Soumis à la concurrence victimaire, le monde commun éclate.

Souverainiste de salon, il recherche en toute circonstance l'assentiment de l'establishment canadian. Dire que son nouveau chef est un radical infréquentable démontre à quel point il a intégré les normes de l'adversaire(6). Le conservateur Christian Paradis est «d'accord» avec lui ...(7)

Bref, monsieur Fortin n'appartient plus à aucune famille politique. Notre circonscription dévitalisée ne peut se permettre d'avoir un naufragé - peut-on appeler autrement un étourdi qui a «brûlé ses vaisseaux»? - comme député pendant un an. Ne lui reste qu'à retourner enseigner la science politique au Cégep de Rimouski ou, mieux encore, à prendre des cours de politique à l'université!

Une première version de cet article a paru sur le site Internet du quotidien Le Soleil de Québec le 16 août 2014.

Notes et références:
(1) Thérèse Martin, «Selon le député Jean-François Fortin. Le Bloc québécois est plus que jamais vivant», L'Avantage, Rimouski, mercredi 28 mai 2014, p. 6.
(2) Roger Boudreau, «Jean-François Fortin devra-t-il se contenter de sa propre organisation?», L'Avantage, 17 juillet 2014 [En ligne] http://www.lavantage.qc.ca/actualites/2014/7/17/jean-francois-fortin-devra-t-il-se-conte-3803656.html (Page consultée le 28 octobre 2016).
(3) Joseph Yvon Thériault, «Politique et démocratie - Quand le remède pourrait tuer le patient», Le Devoir, 10 décembre 2011 [En ligne]http://www.ledevoir.com/politique/quebec/338070/politique-et-democratie-quand-le-remede-pourrait-tuer-le-patient (Page consultée le 28 octobre 2016).
(4) «C'était une décision difficile à prendre pour Daniel Paillé, mais c'était un geste grave. Maria [Mourani] s'est faite porte-parole du Bloc en s'attaquant à la charte [des valeurs] alors que ce n'était pas la position du parti.» Jean-François Fortin cité par Dominique Fortier, «Fortin réagit à l'expulsion de Mourani», Le Pharillon, Gaspé, 13 septembre 2013.
(5) Élections Canada, Rapport de campagne électorale du candidat, 41e élection générale (2 mai 2011), [En ligne] http://www.elections.ca/WPAPPS/WPF/FR/CC/DistrictReport?act=C2&eventid=34&returntype=1&option=3&queryid=e75f7a8c5f9c412283f81a387c7d2836 (Page consultée le 5 janvier 2016).
(6) La chroniqueuse Josée Legault analyse: «[Le pari de Mario Beaulieu] est qu'un discours plus ciblé sur l'option ramènerait au bercail une partie des électeurs souverainistes séduits par le NPD. Ce pari peinera d'autant plus à tenir la route si l'establishment continue [de ses coups de poignard dans le dos] à faire passer le nouveau chef bloquiste pour le diable en personne. Et ce, mieux encore que ne pourraient le faire eux-mêmes les partis fédéralistes». Source: «On achève bien les bloquistes», Blogue de Josée Legault/Journal de Montréal, 3 septembre 2014 [En ligne] www.journaldemontreal.com/2014/09/03/on-acheve-bien-les-bloquistes (Page consultée le 22 juillet 2015).
(7) Mélanie Marquis, «Bloc québécois: Christian Paradis ''d'accord'' avec Jean-François Fortin», La Presse.ca, 13 août 2014 [En ligne] http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-canadienne/201408/13/01-4791551-bloc-quebecois-christian-paradis-daccord-avec-jean-francois-fortin.php (Page consultée le 28 octobre 2016).

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Question

Si Mario Beaulieu est un «radical infréquentable», pourquoi Jean-François Fortin a appuyé, à travers la fameuse Charte des valeurs, le virage identitaire du gouvernement Marois?

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Blanc comme neige?

Jean-François Fortin tâtonne. Sur cette vidéo, il se cherche une nouvelle niche politique. On remarque qu'il s'exprime sobrement dans une pièce vide au mur blanc. Tabula rasa! Voilà en quatre minutes à quoi rassemble un politicien avide de se refaire une virginité.

Source: YouTube, 14 août 2014.

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Voir aussi cet article satirique de La Pravda:
Richard Hognard, «Un autre député du Bloc laissé seul dans un véhicule», La Pravda, 12 août 2014 [En ligne] lapravda.ca/un-autre-depute-du-bloc/ (Page consultée le 18 juillet 2015)


L'auteur de cet article, Richard Hognard, voit en lui un «bébé abandonné»!
Photo: La Pravda.ca, 12 août 2014.
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La chroniqueuse politique Josée Legault commente: «La rumeur veut même que Jean-François Fortin, candidat défait à la chefferie du Bloc, fonde un nouveau parti nationaliste au fédéral. D'une absurdité sans nom dans les circonstances, un tel geste risquerait d'affaiblir encore plus le Bloc. (N.B. C'est fait, du moins son annonce, depuis ce mardi matin.) Source: «La fin de Stephen Harper?», Blogue de Josée Legault/Journal de Montréal, 22 octobre 2014 [En ligne] www.journaldemontreal.com/2014/10/22/la-fin-de-stephen-harper (Page consultée le 22 juillet 2015).


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Déclaration de la mairesse de Mont-Joli

«Selon Danielle Doyer, Jean-François Fortin a fait preuve ''d'un irrespect incroyable'' envers ses anciens alliés. ''Pour un gars qui a fondé un parti où la démocratie est supposé être le coeur, il a failli en saint-sipoplette à la démocratie puisqu'il s'est fait élire avec l'argent du Bloc, avec l'organisation du Bloc et l'appui du Parti québécois, et à un moment il s'en va parce qu'il n'aime pas le chef. Il n'a pas de leçons de démocratie à donner à personne» estime la mairesse de Mont-Joli.»

Sonia Lévesque, «Danielle Doyer déçue par le député Fortin», L'Information, Mont-Joli, 4 mars 2015.

dimanche 27 juillet 2014

Élection de Mario Beaulieu, changement de ton au Bloc québécois

Je constate avec satisfaction que monsieur Beaulieu n'a pas fait son discours de la victoire en «bilingue qué-can(1)». Ce n'est pas rien de nos jours au Québec que d'oser discourir dans la seule langue française. Durant son allocution, entre deux «Nous vaincrons!», je me demandais s'il dispose de gardes du corps. Le nouveau chef indépendantiste en aura besoin pour se protéger des fédéralistes purs et durs ainsi que de... Gilles Duceppe!(2) Il est vrai que quand on sait ce que l'on veut, ici l'indépendance, le reste, de peu d'importance, est du «menu Fortin».

Pour que Fortin devienne fort

Mon député de carrière est dépité. Premier au fil de départ, Jean-François Fortin arriva bon dernier lors de la course à la direction du Bloc en 2011. Il dut se ranger derrière la candidature d'André Bellavance en 2014(3). Que son collègue se fasse ensuite battre à la chefferie par Mario Beaulieu, un simple militant arrivé à l'improviste, a le mérite de situer Fortin tout en bas de la «chaîne alimentaire». Sa formation politique, plus que l'ombre d'elle-même, devait donner un sérieux coup de barre.

L'attentiste a, disons, «négligé» de féliciter Mario Beaulieu sur les réseaux sociaux après avoir pris connaissance du choix démocratique des militants. Il me tarde de voir le digne successeur du pensionné Jean-Yves Roy contribuer à la promotion de la souveraineté à raison de 50 000$ par année. Lui et son équipe n'auront sans doute jamais été si utiles! Ce sera toujours moins puéril que le tirage à la Fête nationale d'un unique drapeau fleurdelisé parmi celles et ceux qui cliquent «Like Fortin» sur sa page Facebook!

Un mariage sur deux se termine par un divorce. Nos députés ne peuvent que se rapprocher du peuple en finançant une séparation! Allez, trêve de plaisanteries. BON COURAGE Mario avec les J.-F. Fortin, Claude Guimond, Ève-Mary Thaï Thi Lac et tutti quanti! Que la journée du 14 juin dernier fut radieuse!

Une première version de ce billet a paru sur la Tribune libre de Vigile le 15 juin 2014.

Notes et références:
(1) Expression de Robert Laplante, directeur de la revue L'Action nationale.
(2) La chroniqueuse Josée Legault explique: «Ce que l'establishment reproche à Mario Beaulieu est d'avoir commis deux péchés. Primo, de préférer un discours essentiellement indépendantiste à celui de la «défense des intérêts du Québec». Secundo, d'avoir critiqué vingt ans d'«attentisme» sur la souveraineté. Sur cette question, l'ex-chef bloquiste, Gilles Duceppe, le talonne tout particulièrement». Source: «On achève bien les bloquistes», Blogue de Josée Legault/Journal de Montréal, 3 septembre 2014 [En ligne] www.journaldemontreal.com/2014/09/03/on-acheve-bien-les-bloquistes (Page consultée le 22 juillet 2015).
(3) «M. Bellavance se dit toujours en ''mode réflexion''. Ainsi, plusieurs facteurs peuvent encore influencer sa décision. ''Il peut y avoir quelqu'un qui ne s'est pas manifesté jusqu'à maintenant, et qui démontrerait de l'intérêt'', a-t-il admis. Cependant, la possible candidature de Jean-François Fortin ne semble pas faire partie de la donne.» Charles-Étienne Bélisle, «Direction du Bloc: André Bellavance a des appuis», L'Écho de Victoriaville, 22 janvier 2014, p. 13.


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«M. Beaulieu a terminé son discours en invitant ses nouveaux collègues, le minicaucus du parti à Ottawa, à le joindre sur scène. La tension était palpable.» - Marie Vastel, «Mario Beaulieu devient chef du Bloc québécois», Le Devoir, 16 juin 2014.

Une image vaut mille mots.
Sur la scène du théâtre Le National, Jean-François Fortin (à gauche de Mario Beaulieu)
 se colle littéralement sur le candidat défait André Bellavance
et laisse un trou béant entre lui et son nouveau chef.
Source: Twitter de Mario Beaulieu, 14 juin 2014.

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Épilogue

Cette caricature allemande de la Première Guerre mondiale illustre bien ce que Jean-François Fortin fit à son chef, Mario Beaulieu, en fondant un nouveau parti.

Le coup de poignard dans le dos
Le cauchemar de tout homme ou femme politique
Source: www.histoire-fr.com

lundi 23 juin 2014

Pascal Bérubé est toujours du bon côté

«Le congé Pascal», Chronique no 2


L'un des deux ne souhaitait pas être pris en photo. Devinez lequel.
Source: Twitter de Pascal Bérubé, 25 mai 2014.

Le problème pour la suite des choses est que le PQ n'est plus un vrai parti de débats. 
Privé de sa raison d'être et reposant sur une base militante devenue aussi aseptisée que ses dirigeants, est-il encore réformable de l'intérieur?

JOSÉE LEGAULT, 3 MAI 2014(1) 

 
Je détiens un baccalauréat en histoire de l'UQAR, une maîtrise de type recherche de l'Université de Sherbrooke et poursuis actuellement des études en sociologie à l'UQAM. J'ai fait très tôt dans mon existence le pari qu'il soit possible de parler d'identité (culture, langue, immigration ou laïcité) à l'extérieur des grands centres. Région ressource, s'il y en a, nous ne sommes point réduits à la forêt et à l'agriculture. La question du Québec nous concerne également.

Je m'intéresse donc au politique. Or, ce qui sourd par chez nous me désole. Comment ne pas constater la crise de la démocratie représentative avec ces politiciens gouvernant les yeux rivés sur leur téléphone «intelligent» et les sondages. Celui qui ne veut vivre que dans l'instant présent n'agit pas: il s'agite.

Égoportrait de Pascal Bérubé avec ses petits camarades.
Métaphore du véhicule politique qui s'égare sur les routes du Québec.
Source: Twitter de Pascal Bérubé, 20 janvier 2016.


Un Parti libéral peinturé bleu

J'insiste d'abord sur un lieu commun: la frontière entre le politique et les médias est poreuse. Les déclarations suivantes attestent de l'emprise des communicants: «Les connaissances acquises lors de ces expériences [à la radio Rouge FM] l'aideront à répondre aux besoins de ses nouvelles fonctions [d'attachée politique] (L'Avant-Poste, 19 septembre 2012, p. 6)», «La confiance règne: le politique et le journaliste échangeront sur d'autres sujets, certains confidentiels, très confidentiels, mais ceux-ci le resteront (L'Avantage, 30 décembre 2012)», puis «Je l'aime mon ''Kid Kodak'' (Roger Boudreau, L'Avantage, 14 août 2013)». Reste à déterminer s'il l'aime passionnément ou à la folie.

Les carriéristes qui nous promettent de redresser le mouvement souverainiste doivent bien souvent leur avancement à un parti qui mit en veilleuse sa raison d'être depuis 1995. «Si j'ai été ministre, c'est grâce à Pauline Marois», rappelle Pascal Bérubé. Privé de son ciment, le PQ continue à se vider aux deux extrémités: CAQ et QS. Je ne sais trop par quel droit divin le «bon gouvernement» bleu devrait succéder un jour au «bon gouvernement» rouge. Exit l'indépendance: «L'enjeu, c'est de jouer notre rôle d'opposition et de présenter une alternative valable au gouvernement libéral dans quatre ans (Pascal Bérubé, Radio-Canada, 13 mai 2014)». Mais, brandir René Lévesque à l'occasion ne suffit plus. Ah! le bon vieux temps où l'on pouvait passer toute sa carrière sur les banquettes parlementaires... François Gendron, priez pour notre député! Qu'on se le dise, produit d'un establishment calculateur, Pascal Bérubé fait partie davantage du problème que de la solution.

Siégeant désormais dans l'Opposition, Bérubé a multiplié les volte-face au pouvoir. «Le plan de développement qui a été adopté par le gouvernement précédent, on se l'approprie (L'Information, 8 novembre 2012).» Tour à tour pour et contre l'exploration et l'exploitation des gaz et pétrole de schiste, opposé à la réforme de l'assurance-emploi à Ottawa et en faveur de celle à l'aide sociale à Québec, défenseur de la social-démocratie et disciple des «Lucien-lucides», nationaliste bilinguisateur, progressiste affameur de commission scolaire, il clignote à gauche et vire à droite. Comme L'opportuniste de Jacques Dutronc (1968), monsieur le député ne sait faire qu'un seul geste. Il retourne sa veste toujours du bon côté:

Je l'ai tellement retournée
Qu'elle craque de tous côtés
À la prochaine révolution
Je retourne mon pantalon.

Petit milieu et propagande

Rien ne semble arrêter ce politicien à la plasticité d'une Mélanie Joly (2). Il ratisse large, trop large pour avoir des principes. Dans son monde, il n'y a plus de conflit, plus de problèmes d'aucune sorte. La belle affaire! La diversité des opinions s'est évanouie. Il n'y a plus que lui et ses béni-oui-oui à l'écran. Il ambitionne maintenant d'«exporter» la recette de son succès à l'extérieur de Matane-Matapédia. On se croirait dans le film Body Snatchers quand une entité extraterrestre s'empare subrepticement de tous les êtres humains dans leur sommeil:

Carol disait à Steve, mais d'une voix très distordue: «Où veux-tu aller? Où veux-tu fuir? Où veux-tu te cacher? Nulle part. Il ne reste PLUS PERSONNE comme toi» (Wikipédia).
 Source: YouTube

Sur quoi repose en fait la réussite de la bête politique? Je dirais d'abord sur une population homogène, tricotée serrée et consensuelle. Or, à l'heure de l'immigration de remplacement, le visage du Québec change. Puis, j'insisterais sur l'enflure médiatique, son goût pour la réclame.  Les journalistes locaux font déjà savoir qu'ils ont atteint un point de saturation (Johanne Fournier, «Pascal Bérubé: ce politicien qui aime les médias», Le Soleil, 31 décembre 2013). Force est d'admettre qu'ils ne pourraient pas humainement relayer la «diarrhée communicationnelle» générée par d'hypothétiques clones de Pascal Bérubé.

Publicité automobile: Pascal Bérubé réprimandé par son chef, ICI Radio-Canada.ca, 16 octobre 2016.

Parlons du verbe. Comme en 2011 dans Bonaventure et par chez nous en 2012, il rebaptise les élections du 7 avril  2014: «Opération convaincre(3)». À l'entendre, il dispose toujours de la meilleure équipe, du meilleur comté, du meilleur parti... Surtout, sachez qu'il avait le «plusse meilleur» chauffeur! Au dépôt du rapport Ménard ce mois-ci, il «prend acte», «invite», «attire l'attention», «conclut». S'il ne se gêne pas pour réprimer les esprits critiques dans son comté(4), il se permet d'écrire: «Le droit de manifester pacifiquement est un droit reconnu dans notre société (15 mai 2014)».

Pascal Bérubé entouré d'adolescentes avec ce qui semble son nouveau slogan de campagne: «On garde le silence»!
Photo: Johanne Fournier, Le Soleil, 31 décembre 2013.


Parlons un instant de ses réalisations. Il promet d'ouvrir un bureau de comté à Mont-Joli (1). Une fois élu, il peut avoir son bureau à Mont-Joli (2). Il prépare son bureau à Mont-Joli (3). Il ouvre enfin son bureau à Mont-Joli (4). Quatre communiqués pour offrir finalement le même service que sous la députée précédente! Il annonce environ huit fois l'octroi de huit places en garderie à Saint-Donat. Il publicise quatre ou cinq fois dans les médias rimouskois qu'il ira à... Saint-Noël. Multipliez cela par les 45 municipalités de la circonscription et vous obtiendrez un matraquage: pas moins de 250 communiqués assortis d'autant de photos grand format de lui-même. Un chaussons avec ça!

L'individualisme et la technologie sont de puissants moteurs conduisant vers «l'État universel homogène».
Le complexe de Narcisse
«Un horaire de ministre c'est aussi parfois
de faire son noeud de cravate sur le bord du
boul. St-Martin à Laval.»
Source: Twitter de Pascal Bérubé,
15 avril 2013.
Lorsque la communauté se dissout, la politique devient un spectacle, un simple concours de popularité. Ainsi, Pascal Bérubé (provincial) et Jean-François Fortin (fédéral) ont obtenu leur résultat sans égard à la situation de leur parti, à la souveraineté ou aux réalités socio-économiques. Je constate que Bérubé n'a pas su amener de jeunes au Parti québécois et insuffler d'idées au projet souverainiste depuis 20 ans. Faire bombance et serrer des mains, voilà plutôt l'aspect touristique de son quotidien. Un brin coquet, l'homme aux 19 000 gazouillis, jusqu'à 20-25 par jour, posta sur Twitter une photo de lui en train de nouer sa cravate en regardant son reflet dans la vitre teintée de sa limousine. Le «beau gosse» cyberdépendant vit dans l'avoir. Je préfère l'être.
«En direct de [x] dans Limoulou avec les
membres de mon cabinet!»
Source: Twitter de Pascal Bérubé, 19 juin 2013.


Navigation sur le Lac Mégantic
Source: Twitter de Pascal Bérubé,
8 août 2013




Chaque miroir a son revers. À vaincre sans péril, Pascal Bérubé triomphe sans gloire. Le bloquiste Jean-Yves Roy aussi, absent devant l'Éternel entre 2000 et 2010, ne perdait aucune de ses élections! Si Bérubé a effectivement recueilli une pluralité des suffrages valides, les électeurs de ce vieux bastion péquiste sont de plus en plus nombreux à se faire tirer l'oreille. La participation à l'«Opération convaincre(3)» - calquée sur le principe de la «vente pyramidale» où chaque personne ayant décidé de voter pour Bérubé doit attirer deux ou trois autres électeurs, seuls les premiers arrivés se créant un emploi - fléchit de 71% en septembre 2012 à 63% en avril 2014. Au même scrutin, la sociologue Claire Durand de l'Université de Montréal observe que «les non-francophones se sont mobilisés plus fortement dans cette élection que dans toutes les élections qui ont eu lieu depuis le référendum de 1995. [...] L'augmentation de [leur] participation [...] apparaît [...] surtout due à l'impact du projet de Charte de la laïcité(5)». Le «p'tit gars» de Matane affrontait ici des candidats parachutés. Malgré cela, la moitié des Mont-Joliens et 55% des Donatiens ont préféré de parfaits inconnus au ministre du Tourisme sortant... Au final, seul un électeur sur trois dans La Mitis a voté pour le «parti unique». En outre, qu'auraient été les péquistes de Rimouski face à Éric Forest? Que serait l'enseignant qui n'a jamais enseigné (Pascal) en présence d'un(e) entrepreneur(e) comme Denise Verreault? Conclusion: les «lauriers» de Pascal Bérubé viennent d'une histoire qui le précède. Si vous ne me croyez pas, alors parachutez-le aux prochaines élections à Québec, à Gatineau ou à Montréal!

Des luttes à mener

Si les grands projets collectifs semblent appartenir au passé, je demeure convaincue que subsiste une demande, un appétit, pour les débats d'idées. Des passions continuent d'irriguer la sphère publique. Préserver nos institutions, notre langue et nos lois est une «vraie affaire» qui m'anime en général et me désole quand je songe un tant soit peu à la gestion superficielle, la «politique politicienne», qu'en fait mon député-touriste.

Prenons cet été, par exemple. Seulement sur le territoire de la MRC de La Mitis, deux écoles de la Commission scolaire des Phares frôlent la fermeture définitive: Padoue et Sainte-Jeanne-d'Arc. La journaliste Sonia Lévesque rapportait que l'école du Mistral à Mont-Joli a perdu 1200 de ses 2000 élèves en une trentaine d'années (L'Information, 28 août 2013, p. 3). Pendant ce temps, Metis Beach School, construite au départ pour une vingtaine d'élèves, en accueille 78 et s'agrandit. «Notre étendue est beaucoup plus grande, et puis l'attitude aussi a changé par rapport à l'anglais», affirme le directeur-adjoint et enseignant Mark Lyth (Radio-Canada, 24 septembre 2013). Soyons vigilants. J'estime que pareils développements devraient susciter des interrogations au sein de la population. Pourquoi la minorité tire vers elle la majorité? Quel est l'avenir de l'école française en Amérique? Or, notre député, soi-disant nationaliste, évite de se mouiller en félicitant sur les médias sociaux le «dynamisme» des anglophones (Twitter, 24 septembre 2013).

Politicien de la vieille école, Pascal Bérubé poussa le 25 septembre dernier la «machine à hommager» jusqu'à saluer «l'expertise, la passion et la grande connaissance» de l'ancien président-directeur général de Tourisme Montréal, Charles Lapointe. Au coeur du scandale, dans un exercice rappelant 1984 de George Orwell, il tente maladroitement de réécrire l'histoire. Toute trace de «l'honorable» personnage disparaît mystérieusement de son compte Twitter. Qu'à cela ne tienne, l'éloge figure pour toujours au Journal des débats de l'Assemblée nationale. Proche du nationalisme conservateur, le journaliste Antoine Robitaille rapporte l'incident auquel il prit part (Le Devoir, 28 novembre 2013, 6). Comment ose-t-il l'évoquer?


«Exemple de phototrucage du régime stalinien.
La falsification de l'Histoire du Commarch [Commissariat aux archives en novlangue] d'Océania est similaire.»
Source: Wikipédia

Monsieur Bérubé aimerait tant que la critique de Robitaille vienne des libéraux. Le problème est plus sérieux. Compatriote, je refuse d'être associée à ce Séraphin du Pouvoir. Il faut un certain courage pour diriger notre petite nation française au nord de l'Amérique. De l'audace, encore de l'audace, et toujours de l'audace!

Ayant perdu sa limousine avec chauffeur aux dernières élections,
la Bérubémobile sera sans aucun doute de retour en 2018.
(Twitter de Pascal Bérubé, 8 août 2012)

L'essentiel de cette chronique paru sur le site Internet de l'hebdomadaire L'Avantage de Rimouski le 21 mai 2014.

Références:

(1) Josée Legault, «La traversée du désert», Blogue de Josée Legault/Journal de Montréal, 3 mai 2014 [En ligne] www.journaldemontreal.com/2014/05/03/la-traversee-du-desert (Page consultée le 23 juillet 2015)
(2) Carl Bergeron, «Le communicant, nouvel ennemi public», Argument, 2013 [En ligne] www.revueargument.ca/article/2013-06-25/580-le-communicant-nouvel-ennemi-public.html (Page consultée le 23 juillet 2015). Sophie Durocher, «Le narcissisme de Mélanie Joly», Le Journal de Montréal, 12 juillet 2017 [En ligne] http://www.journaldemontreal.com/2017/07/12/le-narcissisme-de-melanie-joly (Page consultée le 14 juillet 2017).
(3) Roger Boudreau, «Le camp du Oui lance l' ''Opération convaincre''», L'Avantage,  29 août 2012, p. 8 et «Pascal Bérubé lance l'Opération convaincre», L'Avantage, 3 avril 2014 [En ligne] www.lavantage.qc.ca/Actualites/2014-04-03/article-3675353/Pascal-Berube-lance-%26laquo%3B-l%26rsquo%3Boperation-convaincre-%26raquo3B/1 (Page consultée le 29 juillet 2015).
(4) Louis Deschênes, «Pascal Bérubé aurait fait des pressions pour museler un animateur», CIEL FM 103, 23 janvier 2015 [En ligne] http://www.ciel103.com/ciel/nouvelles_details.php?id=448 (Page consultée le 16 octobre 2016).
(5) Claire Durand, «Le vote, la Charte, nous et les autres», La Presse, 19 avril 2014 [En ligne] http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201404/18/01-4758975-le-vote-la-charte-nous-et-les-autres.php (Page consultée le 29 juillet 2015).
(6) Antoine Robitaille, «Quand Pascal Bérubé faisait l'éloge de Charles Lapointe», Le Devoir, 28 novembre 2013 [En ligne]http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/mots-et-maux-de-la-politique/393858/quand-pascal-berube-faisait-l-eloge-de-charles-lapointe (Page consultée le 23 juillet 2015).

vendredi 20 juin 2014

Comment on écrit une histoire locale



La Société de généalogie et d'histoire de Rimouski [SGHR], en collaboration avec la bibliothèque Lisette-Morin, organise chaque année de nombreuses conférences. Je suis heureuse d'avoir prononcé l'une d'elles. L'auditoire, constitué d'une quinzaine de passionnés d'histoire, se montra attentif, respectueux et me questionna longuement à la fin. Ce fut un grand plaisir d'y répondre au mieux.

Vendredi, 6 juin 2014, 19h30
Salle L-110 de la bibliothèque Lisette-Morin, 110, rue de l'Évêché Est à Rimouski


samedi 7 juin 2014

Entrevue à la Télévision de La Mitis


J'ai accordé une entrevue à monsieur Marc Després, journaliste-recherchiste à la Télévision communautaire de La Mitis (TVMitis), le 7 mai dernier à 13:30. L'objectif visé était d'accroître la notoriété de ce blogue politique sur le territoire de la MRC. Je me permets de dire aujourd'hui: «Mission accomplie!»

Au vu de la fréquentation qu'il s'attira sur la Toile, l'entretien connut un franc succès. Il profita autant à ce blogue qu'à TVMitis. J'eus même droit subséquemment (15 mai) à une réplique assez condescendante de l'inénarrable Pascal Bérubé!

N'étant nullement une habituée des médias audiovisuels, j'en ai que davantage apprécié l'expérience. Bref, je remercie chaleureusement le personnel de la télévision mitissienne de l'intérêt porté à mon engagement intellectuel. Tout le monde y gagne. À la prochaine!

Lien vers mon entrevue: «Un blogue politique méconnu d'une donatienne», 12 mai 2014 [En ligne] www.tvmitis.ca/politique/4082-un-blogue-politique-meconnu-d-une-donatienne  (Page consultée le 12 juillet 2015).

Réponse «confuse(1)» de Pascal Bérubé: «Première entrevue de TVMitis avec Pascal Bérubé depuis le 7 avril», 21 mai 2014 [En ligne] www.tvmitis.ca/politique/4104-premiere-entrevue-de-tvmitis-avec-pascal-berube-depuis-le-7-avril (Page consultée le 12 juillet 2015).

Note:
(1) Sur le fond, Pascal Bérubé croit que tout bon souverainiste doit louanger ses apparitions médiatiques. Voilà un raisonnement aussi autoritaire que simpliste.

 «Publicité automobile: Pascal Bérubé réprimandé par son chef», ICI Radio-Canada.ca, 16 octobre 2016.

jeudi 1 mai 2014

Nouvelle chronique pour servir la diversité d'opinion dans Matane-Matapédia

«Le congé Pascal», chronique no 1

Événement déclencheur: la campagne électorale ratée de 2014

L'opinion publique dans nos démocraties occidentales souhaite que le processus électoral n'incombe pas au seul parti au pouvoir. Après s'y être engagé lors de la campagne de 2012, le gouvernement du Parti québécois fit adopter à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 14 juin 2013 une loi modifiant la Loi électorale afin de prévoir des élections à date fixe. Le journaliste Guy Gendron écrit:

L'adoption de règles claires sur la date des scrutins, tous les quatre ans, visait donc à soustraire aux considérations partisanes le moment de déclencher une élection. Ainsi, le gouvernement en place n'allait plus dissoudre l'Assemblée nationale selon «les petits calculs, les petites stratégies, les petites rumeurs» et Pauline Marois acceptait de donner l'exemple(1).

En appelant aux urnes les électeurs moins de neuf mois plus tard, la Première ministre, malgré tous les prétextes avancés, «va clairement à l'encontre de l'esprit de cette loi-là», assure le politologue André Blais(2). Qu'à cela ne tienne, madame Marois juge le moment enfin arrivé d'obtenir sa majorité en Chambre. On peut comprendre combien l'opposition se fit bousculer, particulièrement chez nous où le Parti québécois règne sans alternance depuis 1994. Les libéraux étaient sous le choc du décès subit de l'ex-députée Nancy Charest. Le manque d'adversaire dans Matane-Matapédia a monopolisé l'attention durant les deux premières semaines d'une campagne de 33 jours. Après avoir hâté le scrutin par opportunisme, Pascal Bérubé ne peut qu'alimenter le cynisme en «déplorant» que le désoeuvrement du camp adverse ne facilite pas l'expression de la démocratie. «J'y suis pour rien!(3)»

Le désoeuvrement du camp adverse amène Pascal Bérubé à verser une larme... de crocodile!
Photo: Wikimedia Commons
Parce qu'il faut réagir...


L'offre électorale est plus faible en région éloignée. Or, la sagesse élémentaire nous enseigne qu'il n'est point judicieux de «mettre tous ses oeufs dans le même panier»: faire porter les attentes de 45 municipalités sur un seul homme, en prenant le risque de tout perdre d'un coup. Passons sur le malaise ressenti en février dernier par le député-touriste dû, soi-disant, au surmenage et attardons-nous à l'autre «corps du roi», à savoir l'investissement d'une communauté toute entière dans l'impuissance politique. «Si plusieurs de ses collègues se sont exprimés sur les causes possibles de la défaite péquiste, il ne faut pas compter sur le député de Matane-Matapédia pour joindre sa voix au concert», put-on lire dans l'hebdomadaire local le 16 avril 2014.

Nous sommes au XXIe siècle. Il faut rétablir, puis soutenir, la diversité d'opinions qui s'est évanouie dans Matane-Matapédia. Pour ce faire, je tiendrai (à date fixe?) sur mon blogue une chronique alternative intitulée: «Le congé Pascal».

Chronique parue dans L'Information de Mont-Joli le 7 mai 2014 à la page 6.

Références
(1) Guy Gendron, «Quand le PQ promettait des élections à date fixe», ICI. Radio-Canada, 4 mars 2014 [En ligne] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/656236/elections-date-fixe-loi-parti-quebecois-bernard-drainville-verification-faits (Page consultée le 24 mars 2017).
(2) Ibid.
(3) «Pascal Bérubé: toujours sans adversaire», Tourismeexpress, 12 mars 2014 [En ligne]http://tourismexpress.com/nouvelles/pascal-berube-toujours-sans-adversaire (Page consultée le 24 mars 2017). 

mardi 15 avril 2014

La face cachée de la Politique nationale de la ruralité et «l'affaire» Bruno Jean (UQAR)

Le 26 septembre dernier, profitant de son passage aux Assises annuelles de la Fédération québécoise des municipalités, Pauline Marois a fait l'annonce du renouvellement de la Politique nationale de la ruralité pour la période 2014-2024. La Politique, rationnelle (le mot est important, nous y reviendrons) et assortie d'une enveloppe de 470 millions de dollars sur dix ans, se veut un «engagement concret envers les communautés rurales(1)». Pourtant, si nos régions perdent du poids politique à chaque révision de la carte électorale, ce n'est plus en raison de l'exode rural, mais à cause du choix gouvernemental de doubler les volumes d'immigration et de la concentration des nouveaux arrivants dans la métropole. Notre déclin apparaît ainsi créé de toutes pièces à Ottawa et à Québec. La main droite de l'État ignore ce que fabrique la main gauche!

«L'affaire» Bruno Jean

Le fait est que le professeur Bruno Jean, après avoir contribué à la définition de même qu'à la mise en oeuvre de la Politique nationale de la ruralité, accepte de siéger cinq ans à la Commission de la représentation électorale du Québec (5 octobre 2011) et signe aussitôt (le 12 du mois) l'élimination pure et simple de trois circonscriptions essentiellement rurales et totalement francophones(2). Il se défend face aux médias et soutient le regard de la postérité en arguant que la décision était déjà prise(3), mais il pouvait toujours refuser de l'exécuter en déclinant le poste honorifique offert. De l'autre côté de la rivière des Outaouais, la Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour le Québec renonce dans son rapport final du 15 février 2013 à son intention première de diminuer une fois encore la représentation de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent après s'être frottée à la résistance «véhémente(4)» du milieu. Jean choisit plutôt de «prendre le train en marche» et de «jouer le jeu», selon ses propres termes(5), de manière à bénéficier durant un quinquennat des fruits de sa collaboration.

Bruno Jean, commissaire à la CRE jusqu'en 2016
Photo: Site Internet du Directeur général des élections du Québec (.)
L'adoption d'une nouvelle carte électorale au provincial a été l'enjeu d'une véritable saga politico-juridique entre 2000 et 2010 sous le mandat de l'ancien directeur général des élections, Marcel Blanchet(6). Si la nomination de Bruno Jean à minuit moins une évoque le lapin sorti du chapeau, le tour de force - accorder en une semaine ce qui n'a pu l'être en dix ans - était prévisible. D'un point de vue montréalais, pour faire avaler la pilule et obtenir gain de cause, il n'y a rien de tel que d'opposer au monde rural l'un des siens, «le» spécialiste de la ruralité, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement rural à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR). Les Québécois Trudeau et Chrétien ont rendu pareils services à la majorité canadian, notamment lors du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982. L'histoire se répète dans les «fourgons de l'étranger»...

«Ruralitique»
«Polis» signifie «cité» et trop souvent à l'oreille «ville». Ne peut-on instituer une «ruralitique» en lieu et place de cette «Politique» nationale de la ruralité? Le meilleur indice de suivi des communautés du monde n'y changera rien si aucun discernement ne s'exerce dans la sélection des milieux ruraux. Quelque 1000 municipalités, incluant une foule de villes qui n'en ont pas besoin (ex.: la prospère MRC de Mirabel), se partagent 47 millions de dollars par année. Matane et ses 14 000 citadins soutenus, que reste-t-il aux 300 habitants de Sainte-Jeanne-d'Arc dans La Mitis? Le silence d'immenses zones dévitalisées à la périphérie s'achète pour un plat de lentilles. Au final, les connaissances objectives, qui procèdent largement de la rationalisation ou de la quantification du réel, ne produisent pas un savoir satisfaisant lorsqu'elles sont appliquées aux pesanteurs historiques. L'attitude de notre ruraliste patenté, Bruno Jean, pose avec acuité la question des valeurs.

Notes et références:
(1) Québec, Site de la première ministre, «La première ministre annonce 470M$ pour le renouvellement de la Politique nationale de la ruralité», 26 septembre 2013, [En ligne], http://www.premiere-ministre.gouv.qc.ca/actualites/communiques/details.asp?idcommunique=2281 (Page consultée le 11 juillet 2015).
(2) «L'Assemblée nationale a nommé, mercredi, un troisième commissaire [...] Plus rien n'entrave maintenant le dépôt officiel du rapport final du Directeur général des élections du Québec, qui entraînera la disparition des circonscriptions de Matane, Kamouraska-Témiscouata et Lotbinière. [...] Les quatre députés péquistes du Bas-Saint-Laurent se sont absentés lors du vote à l'Assemblée nationale sur la motion de nomination de Bruno Jean.» [Anonyme], «Carte électorale au Québec: le troisième commissaire est nommé», Radio-Canada.ca, 5 octobre 2011, [En ligne], ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2011/10/05/007-carte-electorale-commissaire.shtml (Page consultée le 11 juillet 2015).
(3) D'après le reportage de Claude Ross, «Le Commissaire de la Commission de la représentation électorale s'explique», Radio-Canada.ca, 22 octobre 2011, [En ligne], ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2011/10/22/001-carte-electorale-kamouraska-lotbiniere-matane.shtml (Page consultée le 11 juillet 2015).
(4) Canada, Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour la province de Québec, Rapport de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour la province de Québec, 2012, Ottawa, La Commission, 2013, p. 8-9 et 11. Disponible en ligne au: http://www.redecoupage-federal-redistribution.ca/qc/now/reports/report_f.pdf (Page consultée le 11 juillet 2015). Voir notre mémoire déposé à la Commission: Caroline Sarah St-Laurent, «La refonte de la carte électorale fédérale», Argument, [En ligne], http://www.revueargument.ca/article/2013-01-14/577-la-refonte-de-la-carte-electorale-federale.html (Page consultée le 11 juillet 2015).
(5) Claude Ross, «Le Commissaire de la Commission...», op. cit. 
(6) Caroline Sarah St-Laurent, «À l'heure du pays rétréci», [En ligne] http://csstl.blogspot.ca/2012/06/lheure-du-pays-retreci.html   (Page consultée le 27 avril 2017).

Article paru dans Le Soleil de Québec le dimanche 20 avril 2014 à la page 25.

Épilogue

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, mit en sourdine ses «récriminations» le jour où ses collègues du cabinet lui accordèrent plus d'argent pour entretenir son personnel.