samedi 17 février 2018

Entrevue avec Étienne Caron, ancien maire de Saint-Donat-de-Rimouski

Étienne Caron est décédé il y aura bientôt dix ans. Après l'histoire de vie, voici le contenu de notre première rencontre survenue le 2 septembre 2004.

Photo: Capture d'écran


 
Réalisée au 9, avenue de l'Hôtel-de-Ville à Mont-Joli le matin du 2 septembre 2004.

Question (Q): J'aimerais consacrer notre première rencontre au survol de votre carrière. Pourriez-vous d'abord vous présenter?

[L'horloge sonne. Il est 9 h 30.]

Étienne Caron (EC): Je suis né à Saint-Donat en août 1915. J'ai emménagé à Mont-Joli au début des années 1990. Auparavant, j'avais toujours résidé à Saint-Donat, lieu d'origine de mon père, dans le rang des Sept-Lacs(1), au pied du mont Comi.

Q: Votre père était originaire de Saint-Donat...

EC: Oui. Il vit le jour près du rang IV, là où demeure Maurice Pelletier actuellement. Après s'être marié, il s'établit sur la terre de chez nous. Il passa ses dernières années à Luceville.

Quant à moi, je fus maire durant 29 ans. J'entamais ma vingt-neuvième année consécutive.

Étienne Caron en compagnie du ministre Jacques Parizeau en octobre 1978. Photo: Gracieuseté de Martin Desjardins.

Q: Quelles circonstances vous amenèrent en politique municipale?

EC: Bien... J'ai entré tôt en politique. Ils m'ont «mis» conseiller un moment donné. J'ai aimé ça. Saint-Donat a construit l'aqueduc en ce temps-là. Ils ont voulu que je sois maire.

J'ai vu l'évolution de la paroisse. Il y avait des trottoirs de bois et les chemins fermaient l'hiver. Ça s'est développé continuellement. 

En 1955, on a commencé à parler de chemins roulants l'hiver. On a formé des comités de Sainte-Luce à Saint-François-Xavier-des-Hauteurs. La route 298 n'avait alors pas de numéro. Tous n'étaient pas d'accord. Certains manifestaient leur hostilité: «Ça prend juste des fous pour vouloir rouler l'hiver. Ça ne tient pas debout.»

Ils m'ont désigné président du comité de toutes les paroisses. On recevait 125 piastres du mille du gouvernement pour entretenir ça roulant. Comme il n'y en avait pas assez, on a fait une collecte individuelle. Les municipalités pouvaient fournir une petite part, mais pas beaucoup. On allait dans les villes, Mont-Joli et Rimouski. On cherchait à amasser de l'argent. On a eu des grosses chicanes pour ça. On a eu des «contredits».

Q: La voirie constituait la principale responsabilité des municipalités?

EC: Oui. Les routes étaient en corporation. La municipalité s'occupait de ses routes. C'était différent en ce qui concerne les chemins de traverse. Chaque contribuable des rangs devait entretenir la section de la voie publique traversant son lot.

Q: Quelle relation entreteniez-vous avec le gouvernement provincial?

EC: Sous Maurice Duplessis, le cultivateur Alfred Dubé(2) fut député du comté de Rimouski. J'ai eu de très bonnes relations avec eux. Mais il fallait demander, aller chercher des «octrois» (sourire).

Les problèmes municipaux n'étaient pas les mêmes à l'époque. Il y avait des chicanes de voisins entre cultivateurs à propos des fossés de ligne, des clôtures.

Les curés étaient normalement appelés à arbitrer les conflits. Ils jouaient le rôle de thérapeute dans les couples.

Lorsque je devins maire, François Rioux(3) était le curé. Les problèmes de voisinage n'intéressaient guère cet homme à la santé fragile. Pour tout dire, il était débordé. Alors, les citoyens ont commencé à se tourner vers moi.

Il a fallu que je résolve bien du «trouble», des chicanes de ménage entre autres. Il n'y avait pas encore de services sociaux. Par conséquent, toutes ces responsabilités incombaient au maire.

Q: Vous me dites avoir été maire sans interruption.

EC: Le développement du Parc du Mont-Comi fut la période la plus active de ma carrière. La grosse affaire! Toute la région était concernée. J'avais dans la paroisse des «contredits». J'ai exercé le leadership. J'ai fait de mon mieux et réussi pas trop mal.

Q: Vous soutenez qu'il était difficile d'accorder les différents points de vue.

EC: Oui. Il y avait une rivalité entre les deux villes, Mont-Joli et Rimouski, pour le pouvoir. Dans la paroisse, ceux du village n'admettaient pas que seul le versant sud de la montagne se développe. Ils prétendaient que je tirais le développement de mon bord, vers les Sept-Lacs.

Q: Une rivalité...

EC: De la grosse rivalité. Je fus «suivi de près». Je voulais avoir des «octrois» du gouvernement. Certains ne trouvaient pas ça légal. Ils ont fait venir des avocats pour essayer de me prendre en défaut (sourire). Ils ont scruté les livres du Conseil sans rien trouver à me reprocher. J'ai suivi la loi autant que possible (sourire). J'avais un bon avocat, Perreault Casgrain(4). On a franchi ensemble tous les obstacles.

Je fus aussi préfet du comté. Ça me donnait plus d'influence.

Il fallait s'occuper des pauvres. Le gouvernement commençait à offrir de l'aide. L'assistance sociale, l'hospitalisation notamment, passait par le maire. Le maire devait signer la carte.

Q: Les partis politiques avaient-ils une organisation à Saint-Donat?

EC: Oui. Chaque parti avait ses représentants, mais je me tenais à distance de la politique partisane.

Les candidats venaient dans la paroisse faire des discours. Il y avait des assemblées contradictoires à la salle municipale au village. Les candidats se parlaient face à face à tour de rôle.

Q: Beaucoup d'électeurs allaient à ces assemblées?

EC: Oui. La chicane prenait. Ça se battait un peu.

Q: Des femmes y étaient?

EC: Oui, mais surtout des hommes.

Q: Y avait-il des «familles rouges» et des «familles bleues»?

EC: Oui. En période électorale, elles se faisaient des grimaces. Après, ça se passait (sourire).

Certains prétendaient que Duplessis donnait des réfrigérateurs pour gagner des votes, seulement l'électricité ne se rendait pas chez nous!

Le patronage existait et existe encore dans tous les partis.

Q: Le développement du Parc du Mont-Comi se fera plus tard.

EC: Pas beaucoup plus tard. J'ai eu l'idée de développer la montagne vers 1960.

J'étais ami avec des gens de Rimouski, les journalistes Jean-Paul Légaré(5) et Sandy Burgess(6) en particulier. En compagnie de Guy LeBlanc(7), futur député, j'ai vu un plan de la ville de Rimouski fait par un certain Martin, urbaniste de Québec. Il avait inclus le mont Comi dans ça comme parc récréatif. Je me suis dit: «Maudit, il y en a qui pense au mont Comi!». J'ai été élevé tout près, mais on voyait la montagne et ça finissait là. J'ai eu l'idée de travailler pour ça.

La montagne avait du potentiel, mais il a fallu en faire des démarches, des déplacements, avant que ça grouille. J'ai eu des objections. On a formé une corporation. On a pris des options d'achat sur les terres. Les institutions financières ont accepté. On a vendu des parts de 100$. La réaction fut positive. Du travail avait déjà été fait: sentiers de motoneige pour reconnaître les lieux, etc. On a acheté les terrains. Finalement, le centre a ouvert en 1973.

Q: D'après vous, y a-t-il eu d'importants mouvements de population à Saint-Donat?

EC: J'estime que les premiers colons sont arrivés avant 1850-1860. J'avais les procès-verbaux du rang IV de Sainte-Luce, devenu une partie de Saint-Donat. Celui-ci a été verbalisé en 1844. On y trouvait sûrement du monde à ce moment. Les rangs V et VI suivirent en 1855 et 1863 respectivement. Mes grands-parents maternels, du côté des Claveau, se sont mariés à 17 et 18 ans. En 1863, ils ont monté vivre à Saint-Donat près de Sainte-Angèle où demeure Henri Gagnon. Il y avait forcément du monde avant ça. Les familles Bérubé, Hallé, Lévesque, Morisset et Paquet furent pionnières.

Q: D'autres familles se sont ajoutées par la suite.

EC: Oui, de même que d'anciennes ont quitté. J'ai pris des notes. Parmi les premiers conseillers municipaux, peu sont demeurés dans la localité. Benjamin Thiboutot ou Joseph St-Jean, dit Anctil, par exemple, ont disparu.

Mon arrière-grand-père demeurait au rang III de Sainte-Luce. Il est né vers 1817-1818. Je ne pourrais pas dire l'année exacte où il a construit son moulin. Contrairement à ce qui est affirmé dans l'album-souvenir des Sept-Lacs, je calcule que c'était  aux alentours de 1860 et non 1880. C'était à ses débuts un moulin à chasse. Tu connais? On n'employait pas une scie ronde. Ça sciait de haut en bas. Quatre générations de Caron ont exploité ce moulin. Jos Caron a mis fin à ses activités durant le crise de 1929. Il y avait d'autres moulins, notamment au village.

[silence]

Mon grand-père a été maire de Saint-Donat bien avant moi.

Q: Le développement du Mont-Comi est votre plus grand accomplissement.

EC: Oui. C'était une grosse affaire. C'est régional. La montagne a favorisé le relèvement de Saint-Donat. Saint-Gabriel, Sainte-Angèle ou Les Hauteurs ont vu leur population décliner, alors que nous nous sommes maintenus. Je sais que Saint-Donat a déjà eu 1300 habitants, mais c'était à l'époque des grosses familles. Il y avait autrefois 10 ou 15 personnes par maison comparativement à une ou deux aujourd'hui.


Le développement du Mont-Comi a fait beaucoup de bien à Saint-Donat. Auparavant, Saint-Donat paraissait petit. Quand j'étais préfet, certains me disaient: «Ça n'a pas de bon sens d'avoir un préfet venant d'une aussi petite paroisse». Le maire de Saint-Fabien était jaloux un peu... Ce n'était pas gros Saint-Donat! Ça ne valait pas cher! (sourire)

Q: Mais les hommes politiques venaient chez nous. Ils faisaient le déplacement.

EC: Quand je suis devenu maire, on a eu de «bonnes discussions»... J'ai essayé ensuite de calmer la situation. J'évitais d'entrer dans le jeu de mes opposants.

Le Mont-Comi et les chemins d'hiver m'ont occasionné des difficultés. Je me rappelle aussi que les contribuables des rangs ne voulaient pas payer pour les trottoirs du village, ni l'électricité dans les poteaux. L'éclairage des rues suscita des tensions. Il y eut un référendum. Il m'est arrivé, comme conseiller, de voter du même bord que ceux du village. Les gens des rangs m'en ont voulu. 

Devenu maire, j'ai essayé de rassembler tout le monde. J'ai pour mon dire qu'on vit tous ensemble. Mais, je n'ai pas été trop vite. J'ai fait attention de ne pas «échauffer les sangs» (sourire).

[silence]

Dans le temps, les permis de vente d'alcool étaient émis par les municipalités. Quelqu'un demandait l'autorisation d'ouvrir un hôtel. Le curé était évidemment contre. Il avait beau jeu du haut de sa chaire! La population suivait l'opinion du prêtre. Or, je me suis dit [croisement des bras]: «On va bientôt changer de curé. Attendons!» Entre le départ de ce dernier et l'arrivée du nouveau, on a organisé un référendum afin de lever la prohibition (sourire). Ça s'est passé sans que personne n'en ait connaissance! J'approuvais l'idée d'un hôtel.

Les curés ont fait du bien, mais des fois ils étaient un peu sévères. Je n'étais pas homme à les confronter. Ils avaient du mérite. Ils dirigeaient la paroisse au début de ma vie politique. Ils avaient beaucoup de problèmes à régler. Ils ont fait du bien. Ils se sont trompés des fois.

Q: Vous dites que les curés voulaient tout régenter.

EC: C'est la population qui voulait ça! Elle n'avait personne vers qui se confier quand ça allait mal. On allait donc voir le curé. Certains estimaient que le curé n'était pas assez sévère: «Une voisine sort. Elle va à des soirées de danse. Voyez-y, monsieur le curé!»

[L'horloge sonne. Il est 10 heures.]

Q: Il y avait des marchands à Saint-Donat.

EC: Oui.

Q: Avaient-ils de l'influence?

EC: Pas vraiment.


Q: Comment entrevoyez-vous l'avenir de la municipalité?

EC: Je me suis éloigné de la chose.

Parlons des fusions municipales. J'y suis opposé. Chaque paroisse devrait administrer ses affaires. Saint-Donat n'a pas été affecté par le phénomène. On nous a laissé tranquille. Les fusions faites ailleurs étaient excessives. J'accepte que les rangs fusionnent avec le village, mais pas qu'un village agricole fusionne avec une ville-centre. Par exemple, la fusion entre Sainte-Blandine et Rimouski fut, selon moi, une erreur.

Q: Vous êtes opposé à ce genre de fusion pour des motifs identitaires ou économiques? 

EC: Ça coûte cher et on n'est plus maître chez soi. Les fonctionnaires de la ville dirigent tout comme on le voit avec les commissions scolaires. Les fonctionnaires mènent du doigt les élus.

Je regrette que les MRC aient remplacé les Conseils de comté. Ces derniers parvenaient à régler les problèmes entre municipalités. Leur coût de fonctionnement était très bas contrairement aux MRC. En tout cas, «ils» veulent ça de même!

Bien entendu, il faut fusionner certains services. Les temps ont changé...

Q: Y avait-il à Saint-Donat des gens aux idées marginales?

EC: À mon époque, tout le monde était catholique. Aujourd'hui, cela a changé. Mais, dans mon temps, on n'avait pas ce problème-là.

Q: Est-ce que des femmes insistaient pour jouer un rôle public plus important?

EC: Oui, une certaine personne dont je préfère taire le nom. Elle s'infiltrait pas mal! (sourire) Tu en as entendu parler un peu?

Q: Oui, mais c'est plutôt récent. Qu'en était-il autrefois?

EC: Quand j'ai commencé en politique municipale, la condition féminine ressemblait presque à ce qui se passe de nos jours dans le monde musulman. La femme de Pierre Saucier était gérante de la caisse populaire, mais tout était au nom de son mari.

La femme ne portait pas son nom. Mon épouse, c'était «madame Étienne».

J'accepte que la femme soit l'égale de l'homme.

Il y eut de l'amélioration... À l'époque, la famille d'un handicapé physique ou mental était rejetée. Cette famille se voyait rabaissée. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Une grosse amélioration! Les familles visées en avaient déjà assez de supporter leurs malades. Elles auraient dû recevoir la sympathie du monde au lieu de se faire écraser.

Q: Il est tout de même étrange que des personnes aient été exclues dans une petite communauté à la population très homogène.

EC: Des pauvres gens.


Q: La majorité des Donatiens et des Donatiennes devait être pauvre à l'époque.

EC: Oui, mais il y en avait des supérieurs aux autres (sourire).

Le curé avait ses préférences. Les pauvres en arrachaient un peu avec l'abbé Pierre Lebel(8). Toutefois, ce dernier ne refusait jamais un service, et ce, jour et nuit. Il fut curé 25 ans. Il m'a baptisé, puis j'ai grandi avec lui.

Q: Ce curé a exercé longtemps.

EC: C'est lui qui a été à Saint-Donat le plus longtemps. Il y est mort en fonction. Il portait toutes les casquettes: policier, inspecteur... Il voyait à tout. Il pouvait s'immiscer dans les bagarres! Il donnait des coups de pied au derrière (sourire).

Q: Et l'évêque?

EC: Quand Monseigneur venait, on mettait des balises le long du chemin. On était en procession. Monseigneur entrait au presbytère par une porte spéciale. Il y trouvait «sa» chambre. Il passait trois jours dans la paroisse. C'était un événement solennel. Il portait sa mitre et sa crosse. L'évêque partait du presbytère et entrait par la grande porte de l'église avec un dais au-dessus de lui. Il nous bénissait. Nous nous mettions à genou.

Q: Venait-il à chaque année?

EC: Non, à tous les quatre ans. Il confirmait en même temps.

L'évêque avait son trône. Il revêtait ses plus beaux atours. Il fallait accomplir une génuflexion en passant devant lui. C'était quelqu'un!

Q: L'inventaire des ressources naturelles et industrielles(9) effectué pour le compte du ministère des Affaires municipales, de l'industrie et du commerce de la province mentionne qu'un commerçant de Luceville possédait plusieurs fermes à Saint-Donat en 1938.

EC: Il s'agit d'Anselme Côté. Un homme d'affaires que certains détestaient.

Les cultivateurs de Saint-Donat et des environs faisaient des achats à Luceville où s'arrêtait le train. Anselme y commerçait, entre autres, la pomme de terre. Il offrait aussi du crédit.

La situation économique était bonne au cours des années 1920. Toutefois, nombreux furent ceux qui se trouvèrent trop endettés lorsque la Crise éclata. Ils hypothéquèrent leurs biens. Anselme Côté finit ainsi par saisir des fermes.

Le commerçant acquit plusieurs propriétés. C'est d'ailleurs ça qui l'appauvrit. Alors que des gens quittaient, lui devait entretenir les bâtisses, acquitter les taxes municipales. Privé de revenu, il faillit sombrer lui-même dans la misère. Il fut pratiquement obligé de donner ses terres afin de s'en débarrasser.

Des cultivateurs l'ont accusé plutôt à tord. Ils le trouvaient dur, mais il fallait bien qu'il essaie de se faire payer. Mon père lui a emprunté de l'argent lorsqu'il a construit une grange vers 1925. Il l'a remboursé et n'a jamais eu de problème.

J'avais un oncle qui a fait de même à Amqui. Il a pris des terres. Il a fait banqueroute parce qu'elles ne valaient plus rien.

Anselme Côté... On l'appelait «Ti-selme». Il avait plusieurs terres. Il avait quasiment la moitié de la paroisse!

Q: Comment qualifieriez-vous l'évolution des finances municipales?

EC: La municipalité s'endetta lors des travaux d'aqueduc. Il fallut trancher la question par référendum. Saint-Donat avait un surplus accumulé à mon départ. Je me suis fait reprocher de ne pas avoir assez endetté la paroisse. C'était la mode à tous les paliers de gouvernement.

Q: Il devait y avoir dans le passé plus de monde dans les rangs qu'au village.

EC: Oui. Lors de la tenue du référendum sur l'aqueduc, les contribuables des rangs appuyaient le projet et ceux du village y étaient opposés. Le vote n'était pas secret et je présidais le scrutin. Nous devions obtenir une majorité des deux tiers. J'ai réussi avec huit voix en plus. C'est donc que les rangs «pesaient» davantage en fait de population et d'évaluation foncière.


Un seul électeur du village a voté de notre bord. Il ajouta tout bas: «Ne le dites à personne» (sourire). Un autre, qui faisait des affaires avec les rangs, opina: «Je vote l'idée à monsieur le curé». J'ai rétorqué: «Ça ne nous indique pas en faveur de quoi tu te prononces». Finalement, j'ai déduit son intention: «Tu veux voter ''non''». «C'est ça», acquiesça-t-il embarrassé.

Q: Quels services trouvait-on au village? L'église, le bureau de poste...

EC: Il y avait une salle publique. La municipalité ne possédait, par contre, aucun bâtiment. Le bureau du secrétaire se situait dans sa maison. Cela avait l'avantage de ne pas coûter cher.

Q: Où se tenaient les élections provinciales et fédérales?

EC: À l'intérieur de résidences privées.

On discourait sur le perron de l'église, devant la salle ou chez un électeur.

Q: Je suppose que les Donatiens allaient rarement à Mont-Joli ou à Rimouski.

EC: Moins aisément qu'aujourd'hui. Ceux des rangs se rendaient au village pour la messe et à Luceville pour le gros commerce.


Il fallait absolument fréquenter les offices religieux et communier au moins une fois par mois. Nous devions nous lever de bonne heure, puisque l'église était loin de notre demeure. Le curé ne communiait qu'à la basse messe de 7 h. Nous attelions nos chevaux au village chez des parents, des amis. Michaud avait une grande étable rien que pour ça. On allait déjeuner après la basse messe. Le dimanche, nous restions au village pour la grand'messe de 9 h 30. Puis, on revenait chez nous en voiture à cheval. Nous montions les côtes à pied pour ménager l'animal. Parfois, nous n'arrivions à la maison que vers 13 h.

Q: Les Donatiens suivaient les enjeux locaux, tels que l'amélioration des routes ou l'aqueduc, mais s'intéressaient-ils pareillement aux événements nationaux et internationaux? Comment réagirent-ils à la conscription?

EC: Ah oui! La conscription, c'était grave ça!

La police militaire traquait les réfractaires. France Caron, du moulin à scie, fut appelé sous les drapeaux en 14-18. Or, le conscrit refusa de se rapporter. Il se cacha. Des militaires vinrent sur place. Ils s'arrêtèrent au rang VII chez un Bérubé lui demander s'il connaissait l'individu recherché. Il leur indiqua le chemin à prendre avant de se rendre compte des conséquences de son geste. Bérubé prit son cheval, dépassa les militaires au volant d'un «Ford à pédales» et arriva le premier à la maison des Sept-Lacs en avertir les occupants. France Caron eut tout juste le temps de se dérober par la porte d'en arrière. Il se cacha dans les bois d'où la police militaire ne put lui mettre le grappin. France Caron ne fut pas plus chanceux. La grippe espagnole, qui sévit en 1918, le foudroya à la table du chantier où il avait trouvé refuge.

Cette grippe fut une grosse épidémie. Les gens mouraient comme des mouches. Je m'en souviens à peine. J'avais trois ans. On m'a raconté qu'un homme de Saint-Gabriel, un Côté, descendit à Luceville où la grippe frappait. Il demeura quinze jours chez des amis. Il ne découvrit qu'à son retour le décès et l'enterrement de sa femme.

Oui, même si notre monde se plaint, la vie a bien changé...

[silence]

Comme maire, je prenais avis auprès de tous, riches et pauvres. Les personnes réputées non intelligentes étaient parfois de bon conseil. Je ne m'arrêtais pas aux origines, aux apparences, aux préjugés.

Q: Trouvez-vous que Saint-Donat est une municipalité nationaliste?

EC: Ah oui! Trop! Il y a une folie à ça! La séparation... Jean Chrétien dit que le Canada est le meilleur pays au monde. Il a raison. Qui est malheureux? Ceux qui le sont le veulent. Le niveau de vie est élevé. On a tous des automobiles. C'est un paradis comparativement à d'autres endroits. Pourquoi se séparer, se chicaner?

À Saint-Donat, la majorité est pour ça, la séparation, je le sais!

Q: Pourquoi?

EC: Oui! Pourquoi? Je trouve ça terrible. [Pause] Ils enseignent ça dans les écoles. Ils ont fait voter les jeunes du Paul-Hubert au moment des élections pour les «entraîner» à se prononcer à l'âge adulte. C'est sûr qu'ils vont voter pour la séparation. On leur enseigne ça!


Q: Vous semblez informé.

EC: Je pourrais en dire plus, mais ça me fâche pour rien. J'ai 89 ans. Si je veux me rendre à 100 ans, je dois faire attention (sourire).

Q: Quel rôle joua votre épouse? 

EC: Adélaïde m'a bien aidé. Certains jugeaient que ce n'était pas une «femme de cultivateur». Elle avait l'air distingué. Musicienne, elle chantait et jouait du piano. Après s'être mariée avec moi, elle n'a pourtant jamais voulu vendre la terre. Elle s'intéressait à l'exploitation agricole. Si elle n'allait pas à l'étable traire les vaches - je n'avais pas besoin de ça - elle tenait, en revanche, la comptabilité. Elle voyait aux affaires.


On a adopté trois enfants. Lorsque les enfants sont devenus plus grands, elle a commencé à faire l'école.

[L'horloge sonne. Il est 10 h 30.]

Les femmes mariées ne travaillaient pas normalement. La mienne eut des problèmes à cause de ça. Les autres femmes, jalouses, ne l'admettaient pas.

Nous n'avons eu aucune dispute avant que l'un de nos enfants ne soit atteint de schizophrénie. Il est décédé dans un accident. Cela l'a rendu malade. Elle fut atteinte de démence sénile au moins une quinzaine d'années. Sa condition s'est détériorée graduellement. Elle a passé sept ans à l'hôpital.

Elle n'était pas prétentieuse. Je crois, en somme, que les gens de Saint-Donat l'aimaient beaucoup.

Soit dit en passant, elle fut la première femme à assister à la messe sans porter de couvre-chef.

[silence]

Q: Que devrions-nous améliorer à Saint-Donat?

EC: Je ne suis pas au fait de ce qui s'y passe actuellement. Il paraît que les taxes municipales sont élevées, mais le village est bien entretenu.

En tout cas, si tu as besoin de documentation...

Q: Ça devrait aller pour aujourd'hui.

EC: Écrire un livre, c'est tout un travail. Un de mes frères a raconté sa vie et cela l'a «magané pas mal»(10). Faire une autobiographie lorsque tu n'as pas pris de notes, c'est dur. Il se levait la nuit pour enregistrer ses réflexions. Il est mort du coeur... 

Étienne Caron  (1915-2008)
Photo: Gaétan Morissette, L'Avantage, 24 septembre 2004, p. 2.


                                                                                   *

Source: Jean-Paul Légaré, Biographies des figures dominantes: Bas St-Laurent, Gaspésie, Îles-de-la-Madeleine et quelques monographies, Rimouski, Éditions de l'Est du Québec, 1968, p. 98.

Caroline Sarah St-Laurent
Historienne
Rimouski, le 29 janvier 2018.


Références


(1) Raymonde Hallé, Entre deux clochers. Saint-Donat et Saint-Gabriel de Rimouski. Album-souvenir du rang des Sept-Lacs: 133 ans d'histoire 1856-1989, [s.l.]: Éditions des Retrouvailles, 1989, xiii-132 pages. ISBN: 2-9801579-0-2.

(2Québec, Assemblée nationale, «Alfred Dubé (1884-1964)», [En ligne] http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/dube-alfred-2965/biographie.html (Page consultée le 9 janvier 2018).

(3) Archidiocèse de Rimouski [En ligne] http://www.dioceserimouski.com/dcd/index.html (Page consultée le 8 janvier 2018).

(4) Québec, Assemblée nationale, «Perreault Casgrain (1898-1981)», [En ligne] http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/casgrain-perreault-2457/biographie.html

(5) Jean-Paul Légaré, «Une exposition revisitée. Le Rimouski de Jean-Paul Légaré», Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. XX, no 2 (Juin 1997), p. 3-11. ISSN: 0381-8454 [En ligne] http://semaphore.uqar.ca/625/1/ESTUAIRE_1997_NO-2.pdf (Page consultée le 8 janvier 2018). 

(6) Denis Dion, «Sandy Burgess», Fondation Sandy-Burgess, [En ligne] http://www.fondationsandyburgess.ca/sandy-burgess.html (Page consultée le 10 janvier 2018).

(7) «Louis Guy LeBlanc», Parlement du Canada [En ligne] https://bdp.parl.ca/sites/ParlInfo/default/fr_CA/Personnes/Profil?personId=1409 (Page consultée le 12 janvier 2018).

(8) A.-Cléophas Morin, Dans la Maison du Père. Nécrologie sacerdotale du diocèse de Rimouski 1867-1967, Rimouski , ., 1967, p. 119 [En ligne] http://www.dioceserimouski.com/dcd/index_morin.html (Page consultée le 16 janvier 2018). 

(9) Québec, Inventaire des ressources naturelles et industrielles 1938, Comté municipal de Rimouski, Ministère des Affaires municipales, de l'Industrie et du Commerce, 1938, p. 187-195.  Jean-Marie Gauvreau et al. Inventaire des ressources naturelles et industrielles (section artisanale): comté municipal de Rimouski, Québec, Ministère des Affaires municipales, de l'Industrie et du Commerce, 1938, p. 1, 4-5.

(10) André-Albert Caron, Mémoires: André-Albert raconte..., Québec?, s.n., 1994, 167 p.  

vendredi 25 novembre 2016

Que le vrai Jean-François Lisée se lève!

Selon le politologue Jean-Herman Guay(*), JFL est le «Machiavel québécois».
On en attend toujours les retombées positives...
Photo: PC / Jacques Boissinot

À quel Jean-François Lisée aurons-nous droit aux prochaines élections? Le Québécois enraciné ou le Montréalais cosmopolite? L'identitaire anti-Charkaoui ou le bien-pensant pro-Clinton? Lui-même semble ignorer ce qu'il fera demain de Notre Home... La direction du Parti québécois (PQ), à force de souffler le chaud et le froid, n'attise que les braises de l'insignifiance.

Que sera le «moment Lisée du PQ»? J'estime que si l'astucieux politicien se raccroche à Québec solidaire (sic) son parti coulera dans un ultime baiser de la mort. Au coeur du «pays réel», la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault deviendrait pour un temps, qu'on le veuille ou non, la seule alternative aux libéraux.

Références 

Épilogue

Note

(*) Le politologue Jean-Herman Guay, qui fut mon directeur de recherche à la maîtrise, demande depuis longtemps à ce que le Parti québécois renonce à la souveraineté, autrement dit à ce qui fait formellement sa raison d'être. Il se prononça ainsi une première fois en plein conseil national du PQ le 18 octobre 2003. Pour en savoir plus:

  • Serge Cantin, «L'acte manqué d'une formation de compromis», dans La souveraineté dans l'impasse. Suivi du Discours de réception du prix Jacques-Parizeau, [s. l.]: Presses de l'Université Laval, 2018, p. 77-82. ISBN: 978-2-7637-3921-2.

dimanche 14 août 2016

«Fais donc pas simple, cher! (Mémère Bouchard)»

Avec Le temps d'une paix, l'artiste-peintre et auteur québécois Pierre Gauvreau (1922-2011) a su porter au petit écran son amour du pays de Charlevoix(1). D'âge canonique, Mémère Bouchard incarne la sagesse populaire, le gros bon sens. Prends-en de la graine, mon jeune!

Personnage interprété par l'actrice Monique Aubry,
Le temps d'une paix, Société Radio-Canada, 1980-1986
Source: YouTube
Note et référence

(1) «La première année, les gens ne savaient pas trop ce qu'on faisait, nous n'avions pas trop de visiteurs. Mais dès la deuxième année, les gens venaient nous voir. Un matin, je suis arrivé sur le lieu de tournage et j'ai compté 225 voitures stationnées sur la rue. Heureusement, tous étaient très respectueux. Quand je criais ''couper'', ils se mettaient à applaudir!» Le réalisateur Yvon Trudel cité par Emmanuelle Plante, «Rétro-télé. Le temps d'une paix. Le bon temps d'une paix», Le Journal de Montréal, 2 juillet 2014, [En ligne] http://www.journaldemontreal.com/2014/07/02/le-bon-temps-dune-paix (Page consultée le 15 août 2016).

«''Parmi les éléments importants, l'un des plus intéressants est au niveau touristique. Dans les années 70, ça avait été difficile. Mais Le temps d'une paix a marqué la relance du tourisme dans Charlevoix. C'était une publicité extraordinaire, surtout que les cotes d'écoute ont même atteint, un certain moment, trois millions de téléspectateurs'', rappelle le président de la SHC [Société d'histoire de Charlevoix] [...] De 1982 à 1986, le guide touristique s'intitulait Charlevoix. Au pays du temps d'une paix [...]» Sylvain Desmeules, «Le temps d'une paix dans tous ces détails», Le Soleil, 23 juin 2010, [En ligne] http://www.lapresse.ca/le-soleil/arts/expositions/201006/22/01-4292493-le-temps-dune-paix-dans-tous-ses-details.php (Page consultée le 15 août 2016).

Publication récente

Benjamin Mathieu, «Les relations intergénérationnelles dans Le Temps d'une paix: ruptures et continuités», mémoire de maîtrise en études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières, 2015, vii-167 p. [En ligne] http://depot-e.uqtr.ca/7648/1/030933476.pdf (Page consultée le 21 août 2016).

mardi 22 décembre 2015

Assumer l'héritage : Joseph-Charles Taché et Arthur Buies. Saint-Donat-de-Rimouski au siècle des nationalités

Résumé

Vers 1840, le petit peuple établi dans la vallée du Saint-Laurent était plus que jamais menacé de disparaître. Le rapport Durham en faisait une race inadaptée à la modernité. L'industrialisation de la Nouvelle-Angleterre exerçait un attrait irrésistible sur la jeune génération. Une volonté de résister se dégage pourtant des textes de Joseph-Charles Taché et d'Arthur Buies sur mon coin de pays : Saint-Donat-de-Rimouski. Aujourd'hui, la mondialisation néolibérale ramène le Québécois d'héritage canadien-français aux heures sombres de son histoire. L'utilitarisme détruit le capital social. Il méprise les intentions et les sentiments des bâtisseurs.


La terre danse ici, monsieur, c'est un quadrille de la nature.

ARTHUR BUIES CITANT SON CONDUCTEUR.


Je pourrais emprunter à sir Wilfrid Laurier sa fleur de rhétorique(1) : avancer à rebours que si notre siècle semble celui de la « trudeauisation des esprits(2) », le XIXe fut sans conteste celui des nationalités. Parce que le rationalisme et l'universalisme des Lumières s'avérèrent trop abstraits, les cultures nationales furent les moyens particuliers par lesquels la civilisation s'est historiquement réalisée(3). Ernest Renan, champion de la définition dite élective, admit en Sorbonne la nation substantielle : celle qui assoit sa cohésion non seulement sur une volonté de vivre ensemble, mais aussi sur une mémoire commune(4). 

La nationalité est souvent le seul bien du pauvre. « [L]a chaleur est en bas », notait Jules Michelet(5). Les élites du Québec de la « survivance », François-Xavier Garneau en tête, en étaient elles aussi convaincues. En réponse au libéralisme britannique triomphant du rapport Durham, les successeurs des Patriotes écrasés en 1837-1838 exhortèrent les leurs à ne pas déserter. Il fallait durer, s'emparer du sol et on évoqua même une reconquête. 

Comment ces chefs insufflèrent-ils un goût de l'enracinement au bout du Nouveau Monde à une masse en voie de prolétarisation attirée par la Nouvelle-Angleterre? Deux récits de Saint-Donat-de-Rimouski écrits par des intelligences de premier plan, Joseph-Charles Taché et Arthur Buies, reflètent l'affirmation nationale sous le régime de l'Union et au début de la Confédération. Leurs auteurs(6) s'ingénièrent à raccrocher le Canadien français au seul endroit où il peut être chez lui (home) en cartographiant physiquement et mentalement le Québec. Une société en panne de projet devrait en prendre de la graine!

Le mont Comi entra dans la légende avec Joseph-Charles Taché

J.-C. Taché
Photo : Wikimedia Commons, Domaine public


Joseph-Charles Taché (1820-1894) naquit à Kamouraska au sein d'une famille de notables. Ce créateur exceptionnel était un descendant de l'explorateur Louis Jolliet(7). « Son ardente poitrine [avait] besoin du grand air, de l'espace; l'atmosphère des villes l'étouf[fait].(8) » En 1845, après quelques mois d'internat à l'hôpital de la Marine et des Émigrés, à Québec, il s'installa donc au village de Rimouski. Il y pratiqua la médecine de brousse. Il tomba sous le charme d'un lieu excentré et difficile d'accès, « où huit ou neuf signataires de pétitions sur dix se content[aient] d'apposer une croix(9) ». 

L'homme était à même de prendre une part active au développement régional. Il y parvint en gagnant rapidement l'opinion de son comté. Ses concitoyens l'élurent député à l'unanimité dès janvier 1848. Il put les représenter à l'Assemblée législative de la colonie tant qu'il se consacra d'abord à l'amélioration des communications(10). L'intervention de Taché fixa le tracé du chemin de Témiscouata qui relie le Bas-Canada au Nouveau-Brunswick. Il dessina aussi les plans d'une route qui longe la frontière étasunienne afin d'ouvrir au peuplement le plateau appalachien. Un quai et une goélette à trois quilles plus tard(11), il donna quelque 500 volumes de sa bibliothèque au nouvel Institut littéraire de Rimouski. 

Notre régionaliste fut « la première personnalité bas-laurentienne d'envergure nationale(12) ». Les élites apprécièrent Taché pour ses qualités d'organisateur et de gestionnaire. Il représenta le Canada-Uni à l'Exposition universelle de Paris en 1855. Il contribua à l'élaboration de la Constitution de 1867(13). En parallèle à ses activités officielles, ce conservateur bon teint dépeignit le camp d'en face. Le bleu visa sous pseudonyme à la Pléiade rouge(14). 

Son étoile pâlit quand, portant haut l'orgueil de sa race, il signifia son opposition farouche à l'abolition de la tenure seigneuriale(15). Le peuple rimouskois ne prisait déjà guère les distinctions étrangères. Or, leur député courrait le monde. Il avait reçu le grade de chevalier de la Légion d'honneur. Afin de s'épargner l'humiliation d'une défaite électorale presque certaine, « le plus universellement érudit des Canadiens(16) » accrocha ses patins politiques à l'hiver 1856-1857. Il quitta son comté pour Québec. Le touche-à-tout y tâta bien du journalisme ultramontain au Courrier du Canada, mais « son patriotisme l'orien[ta] [...] vers l'édification d'une littérature nationale(17) ».

Contrairement à François-Xavier Garneau et son histoire érudite, Taché privilégia à 40 ans une veine littéraire. C'est que «[les traditions populaires] remuent en même temps les esprits et les cœurs(18) ». L'écrivain fit vite pour exploiter ce filon avant qu'il ne disparaisse. Notre homme d'action fonda avec des amis de Québec Les Soirées canadiennes en février 1861. L'École patriotique mit en épigraphe de son organe l'appel romantique de Charles Nodier : « Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du peuple avant qu'il les ait oubliées. »

Taché remonta la piste des gens qui eurent tôt fait de le fasciner. Dès 1845, le médecin-ethnologue sauta à pieds joints dans « l'appropriation culturelle (sic) ». Il séjourna dans les chantiers forestiers à l'arrière de Rimouski. Il visita les défricheurs établis en un chapelet de petites agglomérations le long de l'estuaire du Saint-Laurent. Il conversa avec les pêcheurs sur la grève. « L'Iroquois(19) » alla également à la rencontre des Amérindiens qui, à cette époque, venaient encore camper à l'embouchure des principales rivières de la région. 

La magie littéraire opère quand Joseph-Charles traite l'information prise à la volée avec sa capacité d'analyse. « L'appel des grands espaces [n'avait] pas été exploité à sa juste valeur[.](21) » Notre auteur, par empathie, a développé « l'un des sujets les plus poétiques et les plus originaux de notre littérature(22) ».

J'ose affirmer que Taché a des affinités avec le psychologue le plus connu de notre temps. Il partage avec Jordan Peterson un engouement pour les anciens récits. Son intuition en vint à toucher comme lui au paradigme de l'existence : la vie reste une souffrance. Le professeur libéral-conservateur de l'Université de Toronto conseillerait à un des personnages de Taché, François-le-veuf, de caresser les chats qu'il croise dans la rue!(23) Taché observa dans la société des bois(24) un ordre très stable: « 1. Le Contre-maître (sic); 2. Les bûcheurs; 3. Les charretiers; 4. Les claireurs (sic); 5. Le Couque (sic)(25). » Ce classement, pour le coup, corrobore l'insolite théorie du homard de Peterson. L'humain et le crustacé s'avèrent des créatures obsédées par leur position hiérarchique(26).

Quoi qu'il en soit, le chercheur régional Paul Larocque - de tendance libérale progressiste - salua son devancier :
[Ce] précurseur [...] [coucha sur papier] des jalons [une typologie idéale(27)] qu'il ne faut pas négliger [...] Attentif à la transmission orale, il a su cueillir une série de contes et légendes [racontés idéalement le soir auprès du feu] témoignant de la perception qu'entretenaient ses contemporains de la vie de leurs ancêtres.(28)
L'écrivain tira de ces récits hétéroclites la matière édifiante du plus considérable et du plus connu de ses ouvrages : Forestiers et Voyageurs. Le recueil parut d'abord en 1863 dans Les Soirées canadiennes. « L'étude de moeurs », portée par un sujet romantique que bride un style classique, obéit passablement au bon goût. La bien-pensance y chassa avant l'heure les sacres et les jurons comme autant de « masculinité toxique (sic) » trop associée à l'univers des chantiers(29). Menée « en habit du dimanche(30) », l'entreprise fut couronnée de succès. Imaginez ces générations d'écoliers canadiens-français s'appropriant l'oeuvre, le labeur, quitte à en piétiner le droit d'auteur!(31).



Dans le chapitre intitulé « Le feu de la baie », Taché rompit subitement la fiction et entraîna son héros, le Père Michel, dans l'une de ses nombreuses digressions où, s'érigeant en témoin oculaire, il livrait son savoir :
C'est une singulière créature que la baleine. Il y a pourtant eu un temps où ces masses vivantes se promenaient dans l'endroit même où nous sommes, un temps où presque tout le pays était sous l'eau et faisait partie de la mer; car j'ai vu des os de baleine sur le Mont-commis (sic), en arrière de Sainte-Luce. C'est un crâne de baleine qui est là; il est situé dans une petite coulée sur le flanc de la montagne, à environ mille pieds au-dessus du fleuve. Je l'ai vu de mes yeux, et je ne suis pas le seul qui l'ait vu et touché; et puis tout le long de la côte, dans les champs, vous pouvez déterrer des charges de navires d'os de baleines(32).

Originaire de la municipalité voisine de Saint-Gabriel, l'arpenteur-géomètre Marcel LeBlanc (1923-2002) fit des recherches sur le mont Comi, aussi appelé mont Camille, et leva le voile sur cette histoire pittoresque :
[Le légendaire Alexandre, dit Piton, Lavoie (1819-1894)] aurait, au début des années 1840, déposé des quartiers de viande de baleine sur le Mont Camille pour nourrir ses chiens ou attirer les bêtes qu'il désirait piéger. Il faut dire qu'[il] occupait comme trappeur une bonne partie des hauteurs à l'arrière de la montagne et [...] il jouait constamment d'astuce pour protéger son territoire. Le jour où il amena son patron [l'arpenteur Augustus-Télesphore] Bradley sur le « dôme » de la montagne pour lui montrer des « coquillages », des squelettes de poissons et surtout des ossements de baleine, l'arpenteur fut émerveillé de ces preuves irréfutables du déluge dont il est question dans la Sainte Bible. La nouvelle de cette découverte extraordinaire s'étant répandue dans le village de Rimouski, le député du comté, le Dr Joseph Charles Taché, monta lui-même avec Bradley pour se faire indiquer les précieux vestiges(33).

« La recherche des origines de l'humanité va rester pendant longtemps le but de toute recherche dans les sciences humaines.(34) » L'important, selon moi, n'est point que Taché eut tort de remonter au déluge. Son oeuvre, mettant en valeur un patrimoine immatériel, contribua à dessiner les contours « d'une mémoire à l'image de la collectivité(35) ».


Arthur Buies à Saint-Donat, le génie d'une littérature de colonisation

Arthur Buies
Photo: Wikimedia Commons, Domaine public

«L'idéologie du mouvement de colonisation [était] l'une des manifestations les plus visibles de la pensée nationaliste.(36)» Un rouge arrivé à maturité y employa ses forces.

Joseph-Marie-Arthur Buie(37) (1840-1901) vit le jour dans une famille tout juste éclaboussée par le scandale. Achille Taché, seigneur de Kamouraska, et lointain cousin dudit Joseph-Charles, fut assassiné le 31 janvier 1839. La justice accusa la tante d'Arthur, Joséphine-Éléonore d'Estimauville, de complicité dans le meurtre de son mari(38). 

On comprendra que Buies préférait se dire orphelin de naissance!(39) En fait, son père honni, originaire d'Écosse, vivait en Guyane britannique. Sa mère mourut alors qu'il n'avait que deux ans. Le petit métis fut donc confié à ses grands-tantes maternelles : les seigneuresses Drapeau de Québec en hiver et Rimouski en été.

L'enfant eut beau se développer au sein de l'aristocratie canayenne, privé de ses « parents 1 et 2 (sic) », il s'avéra indiscipliné. Le garçon passa par deux collèges et un séminaire canadiens. Puis, il traversa l'Atlantique et se surpassa en cumulant quatre échecs au baccalauréat parisien.

Arthur-la-bougeotte n'amasse pas mousse. Ses écrits alliaient l'idéal révolutionnaire de Voltaire au romantisme des Chateaubriand et Hugo. Son universalisme français trouva d'abord à s'exporter en Sicile. Or, le buiesologue Francis Parmentier lut les souvenirs de son compagnon de campage, Ulric de Fonvielle. Il en retient que notre Byron acta à 20 ans une «campagne d'opérette(40)» dans la troupe de Garibaldi.

Des bourgeois bohèmes d'aujourd'hui hissent au panthéon le jeune Arthur Buies. Il leur arrive de le lire et croient s'y reconnaître. Flaubert fut peut-être la Bovary, des nuances s'imposent pour Buies. Le défenseur de la langue française aurait corrigé ses thuriféraires. Il est revendiqué par un courant idéologique usant trop souvent d'un « galimatias(41) » de franglais. Son combat pour la liberté d'expression a aussi curieusement évolué. Il semble à présent davantage assumé par des conservateurs ou des populistes que par les milieux dits progressistes ou diversitaires(42).

Les «bâtards de Voltaire(43)» dissimulent combien le rapport de force a tourné à leur avantage depuis la Révolution tranquille. Ils posent avec celui qui cria dans le désert. Mais, la vie du «chevalier errant(44)» fut à l'évidence plus solitaire, marginale, que la leur. Ils s'identifient au franc-tireur, au joli rebelle fustigeant le conformisme ambiant, ignorants ou feignant d'ignorer qu'ils incarnent le nouveau clergé(45). Jonathan Liv ernois et Jean-François N adeau inculquent l'idée que l'ancien cléricalisme voua leur idole à la damnation(46). Or, les proches de Buies témoignèrent qu'il accentua lui-même ses propres malheurs(47). Nos intellectuels de gauche martèlent surtout que le conservatisme promit leur héros à l'oubli(48), à la «critique rongeuse des souris(49)». Le progressisme triomphant consacre pourtant divers ouvrages à celui-ci(50).

Avant de désigner un boulevard du charmant district Saint-Pie-X à Rimouski(51), Arthur Buies fut une Lanterne. Il exerça le journalisme. Un journalisme à l'origine d'une tradition reconduite par Olivar Asselin, Jules Fournier et Jean-Charles Harvey. Mais aussi un journalisme miné par l'alcool, gonflé à l'hyperbole et marqué au coin de l'Institut canadien.

«Plus de lumière!» demandez-vous. Eh bien, la prose du chroniqueur, spirituelle, écrasait l'infâme en «mangeant du curé».

Libéral radical, pamphlétaire, férocement anticlérical, le «diable d'homme(52)» dut ironiquement sa subsistance et peut-être son salut à l'amitié du curé Labelle. Le «roi du Nord» avait rencontré l'écrivain contestataire en 1879. Séduit par tant d'éloquence, de zèle, il le fit nommer... fonctionnaire!

C'est en qualité de fonctionnaire provincial que Buies s'adressa au premier ministre du Québec. Il signa le 15 septembre 1890 un rapport à Honoré Mercier. Un rapport détaillé exposant les progrès de l'agriculture et de la colonisation dans le haut-pays de Rimouski(53).
   
Le lecteur découvre alors un auteur plus détendu. Un explorateur de 50 ans maniant avec bonheur la langue française. Le professeur Serge Courville affirma que son style «contribu[a] le plus à donner sa profondeur historique et géographique à la littérature de promotion de la colonisation [...] Les descriptions qu'il a laissées de cette région compt[èrent] parmi les plus remarquables de son époque et [furent] de réels chefs-d'oeuvre d'observation et d'écriture(54)».

Pourtant, on considéra longtemps Arthur Buies comme un écrivain mineur(55). Ayant goûté au drame seigneurial, il est vrai qu'il ne ressenti jamais le besoin de pratiquer les « genres littéraires nobles(56) ». La critique aurait dû savoir, toutefois, que le suivre dans ses pérégrinations vaut bien une fiction(57).

Roman, théâtre, poésie, histoire... Qu'à cela ne tienne. Selon Buies: «[U]ne littérature qui n'est pas utile, qui n'enseigne point, est une littérature perdue(58)». Son engagement patriotique, en dépit d'une santé fragile et de la précarité de son travail dans la fonction publique, coulait de source:
[F]idèle [...] à l'idéologie de l'époque, il croyait, comme tous les intellectuels, que la colonisation [«faire de la terre»] non seulement arrêterait l'émigration [hémorragie] vers les États-Unis, mais consacrerait l'occupation du territoire par les Canadiens français, minimisant ainsi les effets de l'immigration anglo-saxonne au Canada et permettant l'exploitation des vastes richesses naturelles(59).

Donatiens et Donatiennes communient aisément avec le décor planté en ces lignes voici 130 ans:
Le voyageur qui veut pénétrer dans l'arrière-pays du comté de Rimouski, et de là descendre à peu près parallèlement au fleuve, prendra de préférence la route dite de Saint-Anaclet, paroisse de l'intérieur, située entre Rimouski et Sainte-Luce; il suivra cette route jusqu'à la cinquième concession de Saint-Anaclet,  tournera à gauche et s'engagera dans le chemin Neigette, qui le mènera jusqu'à la paroisse de Saint-Donat, située immédiatement en arrière de la paroisse de Sainte-Luce.
Sur presque tout ce trajet on suit, en s'en écartant de bien peu, la rivière Neigette, qui va se jeter plus loin dans la rivière Métis.
Ici on est entré en plein coeur de la région mamelonnée et onduleuse dont nous venons de parler.
Le pays est si accidenté, tout en bosses et en ravins, qu'on se demande comment l'homme a pu y pénétrer, y faire des chemins et s'y établir. On y voit des maisons, aussi bizarrement situées qu'il est possible de l'imaginer. Parfois il n'y a pas place, sur le même mamelon, pour la maison et ses dépendances; on aperçoit d'abord l'habitation sur une butte, puis la grange dans un ravin plus bas, en sorte que l'on découvre l'une après l'autre.
Cette région est si accidentée que mon conducteur ne peut s'empêcher de jeter ce cri: «La terre danse ici, monsieur, c'est un quadrille de la nature.» Aussi ne faut-il pas s'étonner si les côtes y succèdent aux côtes; tout le temps se passe à gravir et à descendre, et cependant ces côtes sont bien peu de chose en comparaison de celles que l'on trouve plus en arrière, entre les paroisses nouvelles de Sainte-Angèle, de Saint-Gabriel et de Saint-Marcellin.
En arrivant au village de Saint-Donat, les collines s'éloignent quelque peu et l'on entre dans une vallée où l'horizon s'élargit et où l'espace redevient libre. Le village en lui-même n'est pas considérable, mais en revanche les terres sont remarquablement fertiles.
On retrouve là les beaux champs de céréales qu'on se rappelle avoir vus dans les régions favorisées de la province; on remarque des essais d'horticulture, et une égalité d'aisance qui répand comme un parfum de bonne habitation sur tout le parcours du chemin(60).

L'émergence de l'esprit scientifique au XIXe siècle fit ressortir de plus en plus l'écart entre la légende et les faits. Buies écrivait en 1864 dans sa deuxième Lettre sur le Canada: « Une vérité qui n'a pas été étudiée, controversée, soumise à toutes les investigations, n'est pas digne d'être appelée telle.(61) » Cet idéal de jeunesse résonnait encore une vingtaine d'années plus tard. Chez lui le voltairien qui pourfend l'obscurantisme n'est jamais loin:
Avant de quitter Saint-Gabriel, jetons un coup d'oeil à notre droite sur le fameux mont Comis (sic), qui a une altitude de deux mille trente six (sic) (2,036) pieds au-dessus du niveau du fleuve et auquel se rattachent de nombreuses traditions, qui mériteraient d'être vérifiées par une étude scientifique approfondie; entre autres, on y avait découvert jadis des ossements de baleine, des coquillages et des squelettes de poissons divers, mais ces ossements n'ayant pu être retrouvés à la suite de quelques tentatives, plus ou moins sérieuses, sont restés à l'état de tradition. Cette tradition, néanmoins, est persistante(62).

Puis, sans transition aucune, nous retrouvons le passionné de géographie et propagandiste du ministère de la Colonisation:
Le mont Comis (sic) est situé entre Saint-Donat et Saint-Gabriel. En le regardant attentivement, on ne tarde pas à découvrir une sorte de dépression dans sa couronne. C'est dans cette dépression que repose, entre des flancs granitiques, un fort beau lac de quinze à vingt arpents de longueur et d'une profondeur inconnue. Est inconnu également le débouché du lac; on suppose qu'il a lieu par quelques crevasses souterraines, et que par là ses eaux s'écoulent dans un deuxième lac que l'on a également constaté à mi-hauteur de la montagne. Le lac supérieur est absolument dépourvu de poisson, tandis que le deuxième en contient abondamment. À la base du mont Comis (sic), du côté sud, on trouve sept autres lacs, que les plus hardis et les plus véridiques des pêcheurs s'accordent à reconnaître comme le merveilleux séjour des meilleures truites qui existent et qui existeront jamais dans notre province (63).

Gilles Sénécal, alors chercheur postdoctoral, écrivit finalement à propos de ce genre monographique:
On en vient ainsi à doter le Québec d'une sorte de carte mentale des différentes régions de colonisation [...], qui [...] reproduisent une image durable du Québec. Ainsi naît une façon de parler le Québec (64). 

Le miroir de notre condition

Ernest Renan déclarait : « L'homme, messieurs, ne s'improvise pas.(65) » Le naturel revint au galop au lendemain des premières révolutions démocratiques. Le XIXe siècle vit s'affirmer une nation plus culturelle. Sous le régime de l'Union et au début de la Confédération, alors que les sirènes  de l'industrialisation au sud de la frontière poussait à l'exode un peuple « sans histoire ni littérature(66) », on a aiguisé le sentiment d'appartenance et donné corps au pays. Il en va ainsi de ma vieille montagne qui n'était qu'un repère utile aux navigateurs du Saint-Laurent avant le passage de Joseph-Charles Taché et d'Arthur Buies.

Voilà exposé devant nous, modernes avancés, un héritage difficile à actualiser. Nous souffrons aujourd'hui de la comparaison avec les belles plumes du siècle des nationalités. Comment expliquer que nos intellectuels, nos interprètes, n'aient pas davantage sensibilisé, le pouvoir, un Philippe Couillard(67), au(x) pays du Québec? Plusieurs facteurs sont en cause.

L'enjeu, éminemment politique, attise les passions. Si la colonisation faisait l'unanimité à l'époque de Taché et de Buies(68), l'occupation du territoire gêne désormais certaines organisations: « Le Conseil du patronat invite le gouvernement à réallouer une partie des budgets actuellement consacrés au maintien des municipalités dévitalisées vers des mesures facilitant la relocalisation des ménages qui y habitent(69). » 

Autrement, les épithètes fusent de part et d'autre de la fracture idéologique. La gauche olfactive, le camp progressiste, flaire chez «l'enraciné» un repli identitaire. La droite nationale, le camp conservateur, accuse le «bien-pensant» d'une nouvelle peur: l'oikophobie(70). 

Des universitaires empruntent un sentier battu par Roméo Bouchard, Victor-Lévy Beaulieu et Bernard « Rambo » Gauthier. La «question du Québec» embrasse la tension séculaire entre centralisation et décentralisation(71). Or, ces experts du développement régional sont critiqués à leur tour. Ces bureaucrates -au sens wébérien(72) - auraient une prose hermétique, un jargon propre à décourager le lecteur de bonne volonté(73). On leur reproche aussi de s'hyperspécialiser dans un domaine du savoir, tandis que Taché et Buies pratiquaient la polygraphie au risque, il est vrai, de la dispersion(74).

La mondialisation néolibérale, d'origine anglo-protestante, est au bout du compte LE «dissolvant universel». Elle épuise le réservoir de traditions. Elle fragilise les solidarités en faisant mine d'abolir les distances. Sa «littérature migrante» travaille la province par le haut (élite) et par le bas (peuple). Le territoire national ploie sous la logique du système homogénéisant. Saint-Donat-de-Rimouski épouse les traits d'une banlieue-dortoir. Si nous ne prenons garde au modèle de l'homo oeconomicus, notre contrée risque de déchoir jusqu'au statut d'un simple point sur Google Maps!

La lecture de Taché et de Buies aide simplement à habiter le monde dans un environnement reconnaissable et aimable. Tous deux grands voyageurs, ils rappellent en quelque sorte une évidence : la découverte de l'Autre renvoie à la connaissance de soi et sa propre finitude.

Notes et références:

(1) Premier ministre canadien de 1896 à 1911, il prophétisa lors d'un dîner au Club canadien d'Ottawa le 18 janvier 1904 : « Le 19me (sic) siècle a été le siècle des États-Unis [...] [.] [J]e crois pouvoir affirmer que le 20me (sic) sera le siècle du Canada. » Correspondance spéciale, « Un grand dîner », La Patrie, 19 janvier 1904, p. 9.

(2) Idéologie chartiste qui consiste à dépolitiser les enjeux en les enchâssant. Éric Bédard, « La trudeauisation des esprits »,  dans Recours aux sources. Essais sur notre rapport au passé, Montréal, Boréal, 2011, p. 77-104.

(3) Johann Gottfried Herder, Histoire et cultures. Une autre philosophie de l'histoire. Idées pour la philosophie de l'histoire de l'humanité (extraits), [s. l.], Flammarion, 2000 [1774], 201 p. (Coll. « GF », no 1056). Dans le contexte québécois, lire Joseph Yvon Thériault, « Préambule. Cosmopolitisme et petites sociétés », dans Jacques L. Boucher et Joseph Yvon Thériault, dir., Petites sociétés et minorités nationales. Enjeux politiques et perspectives comparées, Sainte-Foy, Presses de l'Université du Québec, 2005, p. xiv-xvi de même que « La culturalisation de la nation », dans Joseph Yvon Thériault, Critique de l'américanité. Mémoire et démocratie au Québec, Montréal, Québec Amérique, 2005 [2002], p. 324-332. (Coll. « Débats »)

(4) Ernest Renan, Qu'est-ce qu'une nation?, [s. l.], Mille et une nuits, 1997 [1882], p. 31. (Coll. « La Petite Collection », no 178).

(5) Jules Michelet, Le Peuple, Paris, Hachette/Paulin, 1846, p. 164. Google books https://books.google.ca/books?id=Gc5ejgkAWV4C&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false consulté le 21 septembre 2019.

(6) On ne forcera pas la parité hommes-femmes.

(7) Éveline Bossé, Joseph-Charles Taché (1820-1894). Un grand représentant de l'élite canadienne-française, Québec, Garneau, 1971, p. 18.

(8)Placide Lépine [pseudonyme d'Henri-Raymond Casgrain et de Joseph Marmette], « Silhouettes littéraires. Joseph-Charles Taché », L'Opinion publique, vol. 3, no 7, 15 février 1872, p. 74.

(9) Paul Larocque, « Une région de peuplement (1790-1855) », dans Paul Larocque, dir., Rimouski depuis ses origines, Rimouski, Société d'histoire du Bas-Saint-Laurent et Société de généalogie et d'archives de Rimouski, en collaboration avec le GRIDEQ, 2006, p. 123.

(10) Antonio Lechasseur, « Joseph-Charles Taché, député de Rimouski », Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. 1, no 3 (décembre 1974), p. 17-20.

(11) « Sans se soucier des données qui régissent la construction des navires, [Joseph-Charles Taché] se fit fabriquer une goélette d'après ses propres conceptions [...] Hélas! ''le vaisseau à trois quilles'', comme on se plut à l'appeler, était trop lourd et ''ne pouvait avancer qu'à pas de tortue''. Condamnée à demeurer à l'ombre du quai, l'infortunée goélette valut pendant longtemps à son auteur les pires sarcasmes de la part de ses adversaires politiques. (Bossé, Joseph-Charles Taché (1820-1894), p. 47.) »

(12) Jean-Charles Fortin et Yvan Morin, « La structuration d'une société », dans Jean-Charles Fortin et collab., Histoire du Bas-Saint-Laurent, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1993, p. 308. (Coll. « Les régions du Québec », no 5).

(13) Joseph-Charles Taché, Des Provinces de l'Amérique du Nord et d'une union fédérale, Québec, J. T. Brousseau, 1858, 252 p. Bibliothèque et Archives nationales du Québec http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/numtexte/59062.pdf consultée le 18 janvier 2020.

(14) Gaspard Le Mage [pseudonyme de Joseph-Charles Taché et Pierre-Joseph-Olivier Chauveau], La Pléiade rouge, Montréal, Imprimerie de La Minerve, 1855, 23 p. Internet Archive https://archive.org/details/cihm_36622/page/n5 consulté le 18 janvier 2020.

(15) Joseph-Charles Taché, De la tenure seigneuriale en Canada, et projet de commutation, Québec, Lovell et Lamoureux, 1854, 63-xix p. Bibliothèque et Archives nationales du Québec http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2021893 consultée le 18 janvier 2020.

(16) Placide Lépine [pseudonyme d'Henri-Raymond Casgrain et de Joseph Marmette], « Silhouettes littéraires », p. 74.

(17) Jean-Guy Nadeau, « Taché, Joseph-Charles », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003. http://www.biographi.ca/fr/bio/tache_joseph_charles_12F.html consulté le 19 juillet 2014.

(18) Julien Goyette, « ''Ces choses qui ont du vrai'': conte, légende et histoire dans l'oeuvre de Joseph-Charles Taché », dans Julien Goyette et Claude La Charité, dir., Joseph-Charles Taché polygraphe, [s. l.], Presses de l'Université Laval, 2013, p. 81 (Coll. « Cultures québécoises »).

(19) Les amis de Taché auraient mieux fait de l'appeler « le Huron » ou « l'Algonquien ». Les peuples qu'il a étudié furent « à couteaux tirés » avec les Iroquois...

(20) Joseph-Charles Taché, Forestiers et Voyageurs. Moeurs et légendes canadiennes, Montréal, Boréal, 2002 [1863], p. 14. (Coll. « Boréal compact », no 137). Voir aussi Nadeau, « Taché, Joseph-Charles », Dictionnaire biographique du Canada.

(21) Maurice Lemire, « L'appel des grands espaces », Cahiers franco-canadiens de l'Ouest, vol. 8, no 1 (1996), p. 9. Université de Saint-Boniface, https://ustboniface.ca/presses/file/documents---cahier-vol-8-no-1/81Lemire.pdf, consultée le 18 janvier 2020.

(22) Luc Lacoursière, « Préface », dans Joseph-Charles Taché, Forestiers et Voyageurs, Montréal, Fides, 1964 [1863], p. 10.

(23) Jordan B. Peterson, 12 règles pour une vie. Un antidote au chaos, Paris, J'ai lu, 2019 [2018], p. 446. (Coll. « Bien-être », no 12 732).

(24) Taché, Forestiers et Voyageurs. Moeurs et légendes canadiennes, Montréal, Boréal, 2002 [1863], p. 29.

(25) Ibid., p. 30.

(26) Peterson, 12 règles pour une vie. Un antidote au chaos, p. 47.

(27Jack Warwick, « Forestiers et Voyageurs », Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec. Des origines à 1900, Montréal, Fides, 1978, vol. 1, p. 277. Bibliothèque et Archives nationales du Québec http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4003165, consultée le 26 septembre 2019.

(28Paul Larocque, «Le Bas-Saint-Laurent, une région au passé mieux connu», Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. XIX, no 1 (janvier 1996), p. 3.

(29) Dominique Marquis, «Les contes et légendes de Joseph-Charles Taché ou ''le pinceau idyllique'' d'un auteur catholique », dans Goyette et La Charité, dir., Joseph-Charles Taché polygraphe, p. 101.

(30) Maurice Lemire cité par Aurélien Boivin, «Forestiers et voyageurs dans Les Soirées canadiennes », Dictionnaire des écrits de l'Ontario français 1613-1993, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, 2010, p. 351.

(31) L'abbé Henri-Raymond Casgrain vendit au département de l'Instruction publique des textes ne lui appartenant pas (Bossé, « Taché contre Casgrain », dans Joseph-Charles Taché (1820-1894), p. 237-252.

(32Taché, Forestiers et Voyageurs. Moeurs et légendes canadiennes, Montréal, Boréal, 2002, p. 81. Paragraphe conforme au texte original (Joseph-Charles Taché, «Forestiers et Voyageurs. Étude de moeurs», Les Soirées canadiennes. Recueil de littérature nationale, Québec, Brousseau Frères, 1863, p. 84). Les éditions du Boréal se bornèrent à corriger « les coquilles évidentes et les fautes de grammaire et à moderniser la présentation typographique (p. 7) ».

(33Marcel LeBlanc, « Mont Commis ou Mont Camille? », Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. XIV, no 2 (juin 1991), p. 10.

(34) Jean Servier, L'ethnologie, Paris, Presses universitaires de France, 1986, p.80. (Coll. « Que sais-je? », no 2312).

(35Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Montréal, Boréal, 1996 [1993], p. 317. (Coll. « Boréal compact », no 74).

(36Pierre Trépanier, «Vie intellectuelle», dans Jacques Rouillard, dir., Guide d'histoire du Québec du Régime français à nos jours. Bibliographie commentée, Laval, Méridien, 1993, p. 255.

(37 Arthur ajouta un «s» à son patronyme afin de «tuer le père». Micheline Morisset, Arthur Buies, chevalier errant, Québec, Nota bene et Société Radio-Canada, 2000 p. 81. (Coll. « Proses »).

(38) Béatrice Chassé, « L'assassinat du seigneur Achille Taché », L'Estuaire, no 68 (Juin 2008), p. 17-24.

(39L'auteur se confia dans l'un de ses rares récits autobiographiques «Desperanza», L'Opinion publique, 18 juin 1874, p. 291.

(40«Campagne d'opérette selon le journaliste français Ulric de Fonvielle, au cours de laquelle il se livre surtout aux plaisirs de la table.» Francis Parmentier, « Buies, Arthur », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003. http://www.biographi.ca/fr/bio/buies_arthur_13F.html, consulté le 19 janvier 2020.

(41Arthur Buies, Anglicismes et canadianismes, Québec, Typographie C. Darveau, 1888, p. 9. Bibliothèque et Archives nationales du Québec http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2022590?docref=NjJy-8kAYOCS0s4n7rDAeQ&docsearchtext=Anglicismes%20et%20canadianismes, consultée le 19 janvier 2020.

(42) Normand Baillargeon, dir., Liberté surveillée. Quelques essais sur la parole à l'intérieur et à l'extérieur du cadre académique, Montréal, Leméac, 2019, 268 p.

(43) Expression empruntée à John Saul, Les bâtards de Voltaire. La dictature de la raison en Occident, Paris, Payot, 2000 [1992], 785 p. (Coll. « Petite bibliothèque Payot », no 376).

(44) Morisset, Arthur Buies, chevalier errant.

(45) Le mieux semble ici de référer le lecteur aux derniers essais du sociologue Mathieu Bock-Côté: Le multiculturalisme comme religion politique (Cerf, 2016), Le nouveau régime (Boréal, 2017) et L'empire du politiquement correct (Cerf, 2019). Ajoutons Stéphane Baillargeon, « Quelles idées dominent les sciences sociales? », Le Devoir, 26 mai 2018. https://www.ledevoir.com/societe/528784/quelles-idees-dominent-les-sciences-sociales, consulté le 19 janvier 2020.

(46) Jonathan Livernois et Jean-François Nadeau, «Lire Buies», dans Arthur Buies, La Lanterne. L'ennemi instinctif des sottises, des ridicules, des vices et des défauts des hommes, Texte établi et présenté par Jonathan Livernois et Jean-François Nadeau, Coll. «Mémoire des Amériques», Montréal, Lux, 2018, Quatrième de couverture. (Coll. « Mémoire des Amériques »).

(47) «[I]l prend [à Paris] des idées, et il sait fort bien [...] choisir les plus perverses», l'abbé Thomas-Étienne Hamel, cité par Yvan Lamonde, « Bivouaquer avec Arthur Buies en Sicile. La formation affective et intellectuelle d'un ''Rouge'' (1840-1862) », Les Cahiers des dix, no 65 (2011), p. 145. Récupéré d'Érudit https://doi.org/10.7202/1007774r Claude-Henri Grignon, « Arthur Buies ou l'homme qui cherchait son malheur », Cahiers de l'Académie canadienne-française, vol. 7, Profils littéraires, Montréal, 1963, p. 29-42.

(48) Livernois et Nadeau, « Lire Buies », dans Arthur Buies, La Lanterne, Quatrième de couverture. Laurent Maillot atténue ce jugement: « En général, la littérature canadienne-française du XIXe siècle est ignorée, à l'exception de quelques très grandes figures. Mais même celles-là, même François-Xavier Garneau, sont relativement ignorées. Tout le monde connaît le nom de Graneau mais pas son oeuvre, même les études sur son oeuvre sont relativement rares. (Laurent Maillot cité par André Champagne, « Arthur Buies, un écrivain engagé», Le Québec des XVIIIe et XIXe siècles, Sillery, Septentrion, 1996, p. 109-110. (Coll. «Entretiens avec l'histoire», no 5) »

(49) Expression empruntée à Karl Marx, Contribution à la critique de l'économie politique, Paris, Éditions sociales, 1972 [1859]. Récupéré de Les Classiques des sciences sociales http://dx.doi.org/doi:10.1522/cla.mak.con

(50) À tout seigneur tout honneur, commençons par citer la correspondance (Montréal, Guérin, 1993) et les chroniques I et II (Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1986, 1991), d'Arthur Buies critiquées par Francis Parmentier. On peut mentionner l'étude d'Isabelle Lavoie-Coutu, Postures littéraires et modernité dans les chroniques sur les régions d'Arthur Buies, Thèse de maîtrise (littératures de langue française), Université de Montréal, 2014, x-117 p. Papyrus, https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/11722/Lavoie-Coutu_Isabelle_2015_memoire.pdf?sequence=3&isAllowed=y, consulté le 19 janvier 2020. Victor-Lévy Beaulieu signa la préface d'Arthur Buies, Petites chroniques du Bas-du-Fleuve en passant par La Pointe-à-l'Orignal, Kamouraska, Rivière-du-Loup, Cacouna, Bic et Rimouski, Trois-Pistoles, Éditions Trois-Pistoles, 2003, 168 p. La revue Liberté accorda à «Arthur Buies, notre contemporain» un dossier en novembre 2008. Le pamphlétaire moderniste était dans leur «rétroviseur» à l'été 2014.

(51) Richard Saindon, Histoire de Rimouski par le nom de ses rues, Rimouski, À compte d'auteur, 1995, p. 44-47.

(52) Christian Desmeules, «Arthur Buies, écrivain déchiré», Le Devoir, 20 mai 2017. Récupéré de https://www.ledevoir.com/lire/499165/arthur-buies-ecrivain-dechire, consulté le 31 août 2019.

(53) Arthur Buies, Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata. Exploration spéciale, Québec, Imprimerie Belleau et Cie, 1890, p. 3-30. Internet Archive, https://archive.org/details/cihm_00342/page/n5, consulté le 19 janvier 2020.

(54) Serge Courville, Immigration, colonisation et propagande. Du rêve américain au rêve colonial, Sainte-Foy, MultiMondes, 2002, p. 606.

(55) Frédéric Desjardins, « Arthur Buies. Combats et réalisations d'un grand essayiste », Québec français, no 143 (automne 2006), p. 50. Érudit, https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n143-qf1179170/49491ac.pdf, consulté le 19 janvier 2020.

(56) Ibid.

(57) Michel Biron, « La tyrannie du silence », Liberté, vol. 50, no 4 (novembre 2008), p. 52.

(58) Lettre à Hector Garneau écrite à Rimouski et datée du 7 octobre 1896. « Une lettre d'Arthur Buies. Conseils aux écrivains canadiens », Le Soleil, 30 janvier 1901, p. 1.

(59) Parmentier, «Buies, Arthur», Dictionnaire biographique du Canada.

(60) Arthur Buies, Les comtés de Rimouski, p. 6-8.

(61) Arthur Buies, Lettres sur le Canada. Étude sociale, Montréal, [s. é.], 1864, p. 15. Bibliothèque et Archives nationales du Québec http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2022699, consultée le 19 janvier 2020.

(62) Buies, Les comtés de Rimouski, p. 25.

(63) Ibid., p. 25-26.

(64) Gilles Sénécal, «Les monographies des régions de colonisation au Québec (1850-1914): genre et tradition géographiques. École nationale?», Cahiers de géographie du Québec, vol. 36, no. 97 (avril 1992), p. 51.

(65) Renan, Qu'est-ce qu'une nation?, p. 31.

(66) John George Lambton Durham, Le rapport Durham: document,  Montréal, L'Hexagone, 1990 [1839], 317 p. (Coll. «Typo», no 50).

(67) Lucia Ferretti, «Bilan de quatre ans de gouvernement Couillard», L'Action nationale, vol. 108, nos 6-7 (juin-septembre 2018). p. 292-294 et 350-354.

(68) Dumont, Genèse de la société québécoise, p. 262.

(69) Québec, Assemblée nationale, Journal des débats de la Commission des transports et de l'environnement, 41e législature, 1re session, vol. 44, no 11, 29 janvier 2015. http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/cte-41-1/journal-debats/CTE-150129.html#_Toc424105647, consulté le 19 janvier 2020. «Après avoir rédigé, présenté et lu, jeudi, son mémoire sur la stratégie gouvernementale de développement durable, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) n'a eu d'autre choix, devant un gigantesque tollé de protestations, que de modifier la proposition qui a mis le feu aux poudres. Vendredi après-midi, le libellé a été remanié et le message légèrement édulcoré. (Johanne Fournier et Gilles Gagné, «Déplacer les populations pauvres; le Conseil du patronat soulève la colère des régions», Le Soleil, 30 janvier 2015, https://www.lesoleil.com/actualite/en-region/deplacer-les-populations-pauvres-leconseil-du-patronatsouleve-la-colere-en-region-1ea4e38484ddf282e5c422d9239972e6, consulté le 19 janvier 2020) »

(70) «Ce néologisme [...] signifie ''haine de la maison natale [oikos en grec], et la volonté de se défaire de tout le mobilier qu'elle a accumulé au cours des siècles'' (Antoine Robitaille, «Bolduc à l'éducation. Ambiance oikophobe», Le Devoir, 15 mai 2014). » «C'est Antoine Robitaille qui a lancé le mot dans le paysage médiatique [québécois] dans un éditorial paru le 15 mai dans Le Devoir. Il cite le concept utilisé par Alain Finkielkraut dans L'identité malheureuse - concept que lui-même emprunte au philosophe anglais Roger Scruton - pour s'interroger sur la décision de l'ineffable ministre Bolduc d'annuler l'appel d'offres pour la création de chaires de recherche en matière de langue et d'identité au nom des ''vraies affaires'' (Robert Laplante, «Oikophobie et déportation de soi», Les Cahiers de lecture de L'Action nationale, vol. 8, no. 3 (été 2014), p. 3).»

(71) Nathalie Lewis, «Entre centralisation et décentralisation. Une tension loin d'être inédite», Le Mouton Noir, vol. 20, no 4, (mars-avril 2015). https://www.moutonnoir.com/2015/03/une-tension-loin-detre-inédite, consulté le 4 janvier 2020).

(72) Max Weber, Économie et société. Les catégories de la sociologie, Paris, Pocket, 2003 [1922], Tome 1.

(73) Jean-Nicolas Carrier, «L'histoire du Québec fait encore parler», On a lu.ça, 28 juin 2018. Compte rendu de Pouvoir et territoire au Québec depuis 1850 sous la direction d'Harold Bérubé et Stéphane Savard (Québec, Septentrion, 2017). https://www.onalu.ca/single-post/2018/06/28/L%E2%80%99histoire-du-Qu%C3%A9bec-fait-encore-parler, consulté le 8 septembre 2019.

(74) Goyette et La Charité, dir., Joseph-Charles Taché polygraphe, p. 5.

(75) Joseph de Maistre, « Réflexions sur le protestantisme dans ses rapports avec la souveraineté », dans Oeuvres complètes de J. de Maistre, Lyon, Vitte et Perrussel, 1884, tome 8, p. 64. Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57842514/f71.image.texteImage, consulté le 19 janvier 2020.