dimanche 29 juillet 2012

Le monopole du coeur. Essai sur l'arrogance des bien-pensants

Le bonheur est une idée neuve en Europe.

SAINT-JUST

La majorité des chroniqueurs et autres commentateurs de la politique québécoise s'entendent pour dire que nous vivons une «fin de cycle»(1). La question nationale ennuie et perd de son acuité. Trudeau aurait gagné et l'influence du Québec à Ottawa diminue. Sur ce front, le Canada de Harper gouverne tranquille. Les Québécois tentent maintenant de se définir en fonction de l'axe gauche-droite. Nous débattrions enfin des «vraies affaires» à la recherche de nouveaux consensus comme une «société normale», c'est-à-dire anglicisée, globalisée et technocratique. Les individus à identité nomade forment la nouvelle «race des seigneurs». La jeunesse, conquise, en redemande. Fin de l'histoire? Selon moi, la réflexion sur notre indéniable appauvrissement collectif concerne l'ensemble des Québécois. Bas-Laurentienne, je suis très consciente de ce que la dynamique actuelle, faite de déracinements, inflige à nos régions.

L'école doit nous instruire du pays où nous habitons. La défense de ses intérêts incombe par la suite à ceux et celles qui savent l'apprécier. Contrairement à ce qu'affirme Québec solidaire ou la Coalition avenir Québec, la liberté des peuples ne se réduit pas à un programme de gauche (QS) et se lie encore moins à un moratoire de dix ans (CAQ). C'est une part de notre dignité marquant notre inscription au monde dans toute sa diversité. L'appartenance régionale ne fait point exception. Ce devrait être un lieu commun que de rappeler combien notre identité collective, tout en évoluant, doit être défendue.

L'intérêt pour la chose publique croît dans l'action, mais méfions-nous des populismes de droite (libertarien) et de gauche (altermondialiste), car la démocratie représentative ne doit pas être sacrifiée sur l'autel de la participation directe. Il en va de la survie même de la politique comme espace de médiation, creuset d'où s'organise le gouvernement des hommes(2).

Bien, Mal et autres turpitudes

Courage! La politique est moins «conviviale et festive (3)» que conflictuelle. «Faire de la politique autrement» me dîtes-vous? L'éthique et les tribunaux tendent déjà à s'y substituer pour tout aplanir. Pleine de bons sentiments (justice sociale, écologie, égalité des sexes), notre «gauche bobo» ne possède pas pour autant la vertu. Ainsi, sur les 19 professeurs embauchés à l'UQAR en développement régional et au département de lettres et humanités depuis dix ans (2003-2012) aucun n'y a étudié substantiellement ou est simplement originaire de l'immense territoire desservi par l'université rimouskoise. Pourtant, l'institution a eu 30 ans afin de se préparer à la retraite massive de ses employés baby-boomers et former une relève locale(4). Dans la mesure de mes moyens, je suis la première à signaler cette négligence entraînant un véritable colonialisme intellectuel. Connais-toi toi-même, dit l'adage. J'invite mes concitoyens et nos élus à questionner davantage les gestionnaires de nos institutions publiques, comme Johanne Boisjoly doyenne aux affaires départementales de l'UQAR, sur leurs pratiques. Sinon, qui ou quoi assurera notre avenir et celui de nos enfants? La bonne fortune peut-être!

Nos théories et nos récits le montrent, la politique moderne est parcourue en permanence de vagues de conflit. Mais il s'y trouve aussi des océans de passivité.On connaît bien les raisons pour lesquelles les sujets des régimes autoritaires se tiennent tranquilles la plupart du temps et ne s'insurgent qu'à l'ouverture manifeste d'une fenêtre d'opportunité. Mais pourquoi diable les citoyens de régimes démocratiques restent-ils si souvent dans leur fauteuil alors qu'ils ont le droit de résister? Alors que la démocratie a besoin de leur participation active?(5)

Qui ne dit mot consent à sa marginalisation. Tout le monde a pu voir l'an dernier Bruno Jean, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement rural, accepter un poste important à la Commission de la représentation électorale du Québec. Sa nomination permit l'adoption immédiate d'une nouvelle carte. À la manière d'un «roi-nègre», il fait disparaître non pas une, mais trois circonscriptions francophones dévitalisées. En comparaison, les Chambres de commerce des régions éloignées, normalement si réfractaires aux enjeux identitaires, se sont dissociées de leur propre fédération dans le dossier de l'occupation et de la vitalité des territoires (projet de loi 34) (6).

Décidément, la gauche d'ici, rassemblée autour des Forums sociaux altermondialistes, a le jupon du bonheur qui dépasse. Elle ne peut s'arroger le «monopole du coeur». Comme l'a martelé Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle française de 1974, la droite a le sien - qui n'est pas nécessairement le mien - et il bat à sa cadence. Bref, parce que le «patriote» représente une version traditionnelle du Bien, nos régions ne sauront être fortes si nous cultivons une vision abstraite, complètement déracinée, du Bien et du Mal.

Source: YouTube

Si le débat gauche-droite n'est pas une «idée neuve» au Québec, les questions constitutionnelles et linguistiques demeurent existentielles. Ce qui caractérise les petites nations, c'est la fragilité de leur existence(7). Le sort de notre société n'en est pas jeté, mais le temps presse avant que nos choix nous fassent atteindre le degré zéro d'affirmation régionale et nationale.

Références:

(1) Mathieu Bock-Côté, Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois, Montréal, Boréal, 2012, 174 p. ISBN: 978-2-7646-2168-4.
(2) Joseph Yvon Thériault, «Politique et démocratie - Quand le remède pourrait tuer le patient», Le Devoir, 10 décembre 2011.
(3) Forum social bas-laurentien: http://forumsocialbaslaurentien.org/ (Page consultée le 13 avril 2012).
(4) L'UQAR aurait dû prendre leçon de cet exemple: «Alors qu'il [Fernand Dumont] achève une maîtrise en sociologie sur la pensée juridique, les autorités de l'Université [Laval] lui laissent entendre que, une fois son doctorat terminé, il pourra enseigner à la Faculté. Stimulé par cette perspective, Fernand Dumont se rend à Paris en 1953 faire un doctorat en sociologie. (Danielle Ouellet, «Lauréates et lauréats. Dumont, Fernand», Les Prix du Québec, 1990 [En ligne] http://www.prixduquebec.gouv.qc.ca/recherche/desclaureat.php?noLaureat=129 (Page consultée le 21 mai 2016)». 
(5) Charles Tilly et Sidney Tarrow, Politique(s) du conflit. De la grève à la révolution, 2e éd. augm. d'une préface, Trad. de l'anglais par Rachel Bouyssou, Paris, Presses de Sciences Po, 2015, p. 335-336. ISBN: 978-2-7246-1800-6.
(6) Thierry Haroun, «D'autres voix s'élèvent contre la Fédération des chambres de commerce», Graffici.ca, 6 mars 2012 [En ligne] www.graffici.ca/dossiers/autres-voix-elevent-contre-federation-des-726/ (Page consultée le 24 juillet 2015). 
(7) Milan Kundera, «Un Occident kidnappé ou la tragédie de l'Europe centrale», Le Débat, 1983 [En ligne]http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=DEBA_027_0003&download=1.

Texte remanié d'un article paru dans Graffici.ca, 16 avril 2012.

Un parti propre au Québec

En 1867, le journal La Minerve, organe du Parti libéral-conservateur, affirma que c'est de Québec que seraient abordés les besoins de la vie quotidienne. Les Pères de la Confédération (sic), réunis à huis clos, attribuèrent cependant les fonctions les plus prestigieuses au gouvernement central. Les régions ou provinces - littéralement «pour les vaincus» en latin - ne représenteraient que de «grosses municipalités». Aucune ambiguïté n'existe à cet égard. Ainsi, sous le nouveau régime dirigé par le très centralisateur John A. Macdonald, il valait mieux être simple ministre à Ottawa que le Premier à Québec(1). La théorie du pacte entre deux peuples fondateurs ne fut qu'un mythe masquant cette domination. Elle fut employée après 1867 par nos élites, tout juste tolérée par les anglophones, avec le dessein d'aller chercher un bloc de 50 députés nécessaires à la formation d'une solide majorité au Parlement de la Puissance. C'est navrant, mais nos ancêtres canadiens-français en furent dupes. Rappelons à leur décharge que l'Empire britannique venait de les écraser lors des Rébellions et par l'Acte d'Union. Ils étaient réduits aux ornières de la survivance.

Un pays bâti sur la Conquête, c'est-à-dire le pompage systématique de l'identité québécoise par l'identité canadienne. L'assimilation progressive des francophones en imposant artificiellement d'un océan à l'autre - afin de contrer le nationalisme québécois - une seconde ruse: la Loi sur les langues officielles (1969). Or, les Québécois sont plus que des individus parlant le français. Notre présence infime et en déclin sur le continent exige une vigilance de tous les instants, un attachement à des institutions distinctes et un droit à l'autodétermination que nous refuse la gauche trudeauiste-NPD en avançant au coeur de la cité leur dernier cheval de Troie: le multiculturalisme. Fragiles, les Québécois ne peuvent admettre que des leurs les aient trichés. N'ayons pas le souffle court. «Riel, notre frère, est mort» (Honoré Mercier) et le rêve de reconquête du curé Labelle aussi.

Que le déplore les esprits chagrins et las, la lutte pour l'indépendance est longue et incertaine. À l'instar de tant d'autres peuples sur la terre, elle nécessite courage et préparation. Alors que les boomers demeurent souverainistes, comment croire que les jeunes de 20 ans soient fatigués de la question nationale? Entre la mondialisation et leurs ambitions personnelles, ils n'ont jamais été amenés à y réfléchir sérieusement. Tôt ou tard une nouvelle crise éclatera. «C'est lorsque deux nations s'opposent avec intensité qu'on peut mesurer combien elles existent.(2

La pertinence du Bloc québécois

Depuis seulement 20 ans, le Bloc permet aux souverainistes - qui par le passé se trouvaient sans représentation - d'acquérir une crédibilité notamment dans les affaires étrangères, la politique monétaire, le droit criminel ou la défense. Même si la participation au pouvoir n'est pas à sa portée, l'expertise récente du Bloc québécois - en dehors des ministères «patroneux» que nous concédaient traditionnellement la majorité anglophone (Travaux publics, Postes ou Agriculture) - sert à décomplexer l'ensemble des Québécois. C'est pourquoi, malgré l'humiliation subie le 2 mai, les bloquistes ont toutes les raisons d'être fiers du travail accompli. Personnellement, j'habite l'une des rares municipalités du Québec à avoir tourné le dos aux libéraux fédéraux dès 1972 et laissez-moi vous dire que pour se faire élire le jeune député bloquiste de ma circonscription n'a pas mené campagne de Las Vegas!(3)

Si l'organisation du Bloc québécois voue à son ancien chef, l'autoritaire Gilles Duceppe, un fâcheux culte de la personnalité (prix Gilles-Duceppe entre autres), fait écho à un nationalisme édulcoré et envisagea une coalition impossible en 2008, cette formation porte toujours dans ses gènes une mémoire pertinente: celle du rapatriement unilatéral de 1982, de l'échec de Meech et, par là même, du fédéralisme renouvelé. Certes, le parti temporaire s'enracine et ne résoudra pas seul la question nationale, mais il ne peut être tenu responsable de toutes les hésitations de l'électorat québécois et des turpitudes du pouvoir canadien. Il y a un coût à se dire «Non» et celui-ci - la médiocrité provinciale - est autrement plus inquiétant que les cinq années de turbulences imaginées par Pauline Marois en 2005.

Avec sa constitution illégitime, le Canada s'institue sans nous, malgré nous et contre nous. En outre, le gouvernement Harper n'a pas notre confiance. Il est vrai que si l'avenir de cette monarchie constitutionnelle nous échappe, certains «Rhodésiens», à l'exemple de Conrad Black, continueront à concevoir leur Belle Province en termes paternalistes. D'après eux, les insatiables Québécois seraient par essence des latins émotifs et corruptibles. Nous avons constamment des exemples de ce mépris sous les yeux. Le Bonhomme carnaval à la valise pleine d'argent sale à la une du Maclean's(4) est tellement moins intègre que la haute finance mondiale et, du coup, plus ethnique voire tribal. En réalité, le fameux 1% décrié par les Indignés enferme notre nation dans une «réserve française». Ils pillent nos ressources naturelles. Les tenants de l'ordre établi achètent à coups de commandites et privent d'aspiration politique les Québécois sur la foi de postulats dignes des élucubrations ou «codes culturels»de Clotaire Rapaille!

La une du magazine Maclean's du 4 octobre 2010.

Faire ce qu'on peut

Cela tombe sous le sens qu'il n'est pas nécessaire d'être souverainiste - ni même nationaliste - pour être Québécois. Mais, contrairement aux militants des partis fédéralistes, tous les bloquistes sont d'abord des Québécois. Le Bloc promet de défendre les intérêts du Québec avant tout alors que les autres finassent, cherchent sans cesse à les soumettre à la volonté de la majorité anglophone. Social-démocrate, le Bloc évite soigneusement la polarisation gauche-droite délétère pour les petites nations minoritaires. Bref, fin de cycle politique ou non, comme l'évoquait habilement son slogan de campagne en 2004, le Bloc demeure sur la scène fédérale le seul «parti propre au Québec».

Loyauté première au Québec, foyer de l'Amérique française. À ce titre, le parti de Daniel Paillé eut des prédécesseurs: la Ligue nationaliste, le Bloc populaire, le Ralliement des créditistes et le Parti nationaliste. Toutes ces formations ont répondu à un vide politique profond. Comme l'écrivait André Laurendeau: «[À] Québec on fait ce qu'on veut; à Ottawa, on fait ce qu'on peut(5)». Cela doit inclure, au nom de la solidarité intergénérationnelle, notre relèvement national afin qu'un jour le Canada ne soit plus maître chez nous.

Article paru sur la Tribune libre de Vigile le 27 mars 2012.

Notes

(1) Le cas de Joseph-Adolphe Chapleau est emblématique à cet égard.
(2) André Laurendeau, La crise de la conscription 1942, Montréal, Éditions du Jour, 1962, p. 8.
(3) «Lors de la campagne électorale de 2011, les médias révèlent que la candidate [néodémocrate Ruth Ellen Brosseau] passe quelques jours durant la campagne en vacances à Las Vegas pour son anniversaire. De plus, un journaliste rapporte que Ruth Brosseau ne sait pas parler français, qui est la langue première des électeurs de sa circonscription. Un animateur d'une radio locale qui a rejoint la candidate lors de son voyage a été contraint de ne pas diffuser l'entrevue à cause de sa difficulté avec la langue française. (Wikipédia
(4) Martin Patriquin, «Quebec: The most corrupt province. Why does Quebec claim so many of the nation's political scandals?», Maclean's, 24 septembre 2010 [En ligne]http://www.macleans.ca/news/canada/the-most-corrupt-province/ (Page consultée le 13 octobre 2016). Le magazine torontois a récidivé, voir: Andrew Potter, «How a snowstorm exposed Quebec's real problem: social malaise», Maclean's, 20 mars 2017, [En ligne]http://www.macleans.ca/news/canada/how-a-snowstorm-exposed-quebecs-real-problem-social-malaise/ (Page consultée le 29 mars 2017).
(5) André Laurendeau, op.cit., p. 153.

Savez-vous que...

Radio-Canada refusa d'accorder du temps d'antenne aux partisans du «Non» au plébiscite de 1942 sous le prétexte que ceux-ci n'avaient aucun parti politique à Ottawa.

Ouvrage de référence

Bickerton, James, Alain-G. Gagnon et Patrick J. Smith, Partis politiques et comportement électoral au Canada. Filiations et affiliations, Traduit de l'anglais par Dominique Fortier, Montréal, Boréal, 2002, 383 p. (en particulier le chapitre 6 intitulé: «Le Bloc québécois et ses prédécesseurs nationalistes: une trame de continuité dans la politique québécoise»). ISBN: 2-7646-0172-7.

vendredi 27 juillet 2012

(Démographie) Ce qu'il reste de nous



Pour posséder un pays, un territoire, il faut d'abord l'occuper.


La journaliste Sonia Lévesque contesta à la une de l'hebdomadaire mitissien L'Information du 15 février 2012 la fiabilité de la première partie du recensement canadien de 2011 à être rendue publique. Afin de comprendre certains chiffres jugés «surprenants pour ne pas dire questionnables», elle s'adressa aux autorités concernées. S'il est possible, probable même, que des erreurs se soient glissées çà et là dans le travail de Statistique Canada, soulignons que cet organisme fédéral dû renoncer avec Stephen Harper au caractère obligatoire du formulaire long. Le gouvernement conservateur est prompt à défendre la vie privée des Canadiens lorsque cela lui permet de couper dans les services publics... Et que penser de l'opposition offerte par les néo-démocrates! Après avoir raté leur indépendance et plébiscité Jack Layton sur un coup de coeur, les Québécois récoltent un recensement national tronqué. Ils héritent de l'embarras propre à celui qui se fait prendre soudainement les culottes à terre. Face à ce constat peu reluisant, l'envie est forte d'élargir à la démographie la réflexion sur notre indéniable déchéance.

Une tendance lourde

La courbe démographique est impossible à redresser à court ou moyen terme. La population vivant sur le territoire actuel de la MRC de La Mitis décline depuis le recensement de 1956. En 55 ans, la région correspondant à notre MRC perdit 7467 personnes, soit 28,3% de ses effectifs. Durant la même période, le nombre de Québécois et de Canadiens augmentait respectivement de 70,8% et 108,2%. Il en résulte un effritement constant de notre poids politique. L'acceptation de la nouvelle carte électorale québécoise par Bruno Jean, professeur en Développement régional à l'UQAR et membre de la Commission de la représentation électorale, en est le funeste couronnement. Bien que les localités situées sur le littoral parviennent tant bien que mal à se maintenir en concentrant les activités industrielles et commerciales, le haut-pays mitissien supporte à lui seul toutes les pertes de la MRC. Si nous tenons compte de l'accroissement naturel (naissances moins décès) des années 1956 à 1980 environ, Saint-Charles-Garnier, Les Hauteurs, Sainte-Jeanne-d'Arc et La Rédemption ont perdu entre les deux tiers et les trois quarts de leurs habitants. Ces municipalités, que le Bureau d'aménagement de l'Est du Québec (BAEQ) planifiait de fermer il y a 40 ans, ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes aujourd'hui. C'est encore plus inquiétant si nous y ajoutons le vieillissement de la population restante. Les écoles primaires sont touchées au premier chef. L'enseignement de l'anglais intensif apparaît rapidement pour ce qu'il est: une fausse panacée. Aucune manoeuvre dilatoire ne sut sauver, par exemple, l'école Euclide-Fournier de Saint-Charles-Garnier.

Le repeuplement de l'Occident

Il s'agit de la manifestation locale des problèmes affectant l'ensemble des sociétés modernes avancées: la dénatalité et la dévitalisation des régions périphériques. En revanche, les Afro-descendants n'en sont pas là du tout. Leurs diverses nations ont connu un accroissement fulgurant (500%) depuis 1956. Tandis que la démographie des villes subsahariennes explose, une partie des leurs migrent vers le Nord. Ainsi, le président américain, Barack Hussein Obama, est le fils d'un Kenyan. Le désir d'améliorer son sort est universellement partagé. À l'exemple des Russes, des Ukrainiens, des Allemands et des Scandinaves qui conquirent les plaines de l'Ouest entre 1860 et 1914 aux dépens de leurs peuples premiers, il faut juste laisser le temps à la déferlante venue du Sud d'arriver à Sainte-Jeanne-d'Arc! Ils coloniseront le colosse aux pieds d'argile que fut, dès ses débuts, l'Amérique française. La mauvaise conscience de l'homme blanc et les changements climatiques faciliteront le succès de l'entreprise. Sous nos latitudes, la majorité des femmes ont atteint désormais l'âge de la ménopause. D'autres assureront la suite du monde. Un malheur n'arrivant jamais seul, je prévois qu'à l'automne de nouvelles données de Statistique Canada confirmeront le recul du français comme langue maternelle au Québec.

Article paru dans L'Information, Mont-Joli, 7 mars 2012, p. 6.

Disparaître: le sort inévitable de la nation française d'Amérique?,
un documentaire-choc, animé par Lise Payette, diffusé en 1989.

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«La Grande Faucheuse» poursuit son oeuvre. Le journal L'Information de Mont-Joli, fondé en 1971, a paru pour la dernière fois le 23 décembre 2015.

R ichard Lavoie, «Le journal L'Information de Mont-Joli disparaît», ICI Radio-Canada.ca, 8 décembre 2015, [En ligne]http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/754127/information-mont-joli-transcontinentl-hebdomadaire-fermeture (Page consultée le 15 avril 2017).

jeudi 26 juillet 2012

NOUS sommes le Bas-Saint-Laurent

Petite chronique sur un libéralisme hypertrophié

La Commission jeunesse du Bas-Saint-Laurent ex alte le narcissisme dans l'espace public. Créé en 1998, le groupe de pression (lobby) subventionné prétend être «la voix officielle des jeunes de la région». Parce que l'image plus haut vaut bien mille mots/maux, voici mon billet sur la question du libéralisme.

Un ego en liberté
Depuis les débuts de la modernité, il y a au coeur du métier d'historien la volonté de comprendre et d'expliquer le monde ici-bas indépendamment de l'au-delà. De proposer un récit vraisemblable qui rassemble les personnes autour d'une vie sociale ou communautaire dont l'appartenance dépasse le simple cumul des nombrils. Or, je déplore chaque jour dans ma pratique professionnelle qu'au XXIe siècle le «nous» ne parle plus à tous les ego.

L'individualisme - source d'émancipation et d'autonomie - peut générer de la solitude. L'isolement se manifeste de différentes manières. Nous connaissons tous un système de santé à plusieurs vitesses. Presque la moitié des électeurs ne votent plus, en particulier les jeunes. À l'approche des Fêtes de fin d'année, des commerçants de la Gaspésie enregistrèrent une diminution de leurs ventes en raison des achats en ligne et dans les grands centres urbains. Enfin, c'est mûrement réfléchi et sous l'influence des faiseurs d'images, les «communicants», que la Commission jeunesse du Bas-Saint-Laurent (CJBSL), en collaboration avec ses partenaires, lance la campagne de promotion régionale «Je suis le Bas-Saint-Laurent.com».

Ensemble
Soyons clair. Le «Je/Me/Moi» se lève le matin, part travailler et revient exténué chez lui le soir. C'est ENSEMBLE qu'on s'informe aussi bien de la situation alimentaire en Corée du Nord, de l'état de l'économie américaine que de la fluoration de l'eau potable à Mont-Joli. «L'homme est par nature un animal politique», disait Aristote.

Il faut quelque chose de plus qu'une règle de droit garantissant les libertés individuelles pour faire société. Si les pingouins parlent pingouin, les humains ne parlent pas humain! Ils sont porteurs d'une culture que nous voulons francophone en cette terre d'Amérique. Afin de rester vigilant, l'histoire devrait tout naturellement y occuper une place de choix.

C'est consciente de cette haute responsabilité que j'ai effectué «pro bono» un certain nombre de recherches sur mon coin de pays: Saint-Donat-de-Rimouski (cliquez ici). Mon engagement de jeunesse me fit rencontrer au fil des ans plusieurs acteurs du développement local. Je suis stupéfaite de constater, après tant de réalisations bénévoles, que le maire et préfet de la MRC de La Mitis, Michel Côté, n'ait jamais tâché de me joindre. Je demeure dans une petite municipalité de 890 habitants. On repassera pour la «solidarité rurale»! Il y a là une forme d'ingratitude que le simple bon sens n'arrive pas à expliquer. «Ça a dû se perdre dans une filière», me lança un jour le directeur-général et secrétaire trésorier, le médiocre Gil Bérubé (cliquez ici). Tant vaut le village, tant vaut le pays(1). Dure est la pratique de l'histoire dans une société atomisée où le «nous» se trouve en voie de dissolution. Les identités locale, régionale et nationale s'incarnent pourtant dans un NOUS.

Il me semble que la Commission jeunesse du Bas-Saint-Laurent célèbre
sans gêne l'individu post-historique réduit au festivisme.
Source: YouTube

Texte remanié d'un article paru dans Le Bas St-Laurent, Rimouski, 18 janvier 2012, p. 6.

Note
(1) «Dans le Québec rural d'autrefois, par exemple, l'attachement à la famille, à la terre, à la foi religieuse, à la langue des ancêtres, à la communauté villageoise, le respect de l'autorité, la fidélité conjugale, la vertu du dévouement et l'esprit de sacrifice constituaient ces facteurs de cohésion interne qui ont permis à cette société de survivre.» Michel Métayer, La philosophie éthique. Enjeux et débats actuels, 3e édition, Saint-Laurent, ERPI, 2008, p. 93. ISBN: 978-2-7613-2324-6. 

L'arroseur arrosé en guise d'épilogue

Ironie du sort, le couperet est tombé sur une CJBSL égotiste en avril 2015 alors que le gouvernement Couillard menait une politique libérale de réduction des structures.

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Les Forums, qu'osse ça donne?

Il est possible de déterminer l'échec ou la réussite des Forums jeunesse, dont faisait partie la CJBSL, en examinant leur capacité à remplir sur le terrain leurs deux principaux mandats. Le premier consiste à stimuler la participation citoyenne et électorale des jeunes de 35 ans et moins. Dans une lettre d'opinion publiée par Le Soleil le 28 avril 2015, d'anciens membres des Forums offraient à ce sujet un portrait flatteur d'eux-mêmes:
  • «Partout, à la grandeur de la province, ils ont travaillé à ce que les jeunes prennent à bras le corps leur rôle de citoyen, à ce qu'ils aillent voter [...]»

À vrai dire, le taux de participation des jeunes aux élections n'a cessé de fléchir après 1999, année de création des Forums. Un communiqué du Directeur général des élections (DGEQ) titrait le 21 octobre 2016: «Au Québec, les jeunes en région votent de moins en moins». Pour voir l'étude réalisée par la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l'Université Laval, cliquez ici.

Loin de se reconnaître faillible, nos bureaucrates en herbe ajoutent en parlant de leur deuxième mandat qu'est la gestion de fonds publics:
  • «De réunion en réunion, de conseil d'administration en conseil d'administration, d'année en année, les jeunes bénévoles et employés des forums ont changé leur monde, mais ils se sont aussi changés eux-mêmes. Ils sont aussi devenus de bons administrateurs.»

Pourtant, un an et demi plus tôt (janvier 2014), l'un des signataires de la lettre, François Roussy, avait été perquisitionné par l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Maire de Gaspé entre 2005 et 2013, il fut arrêté le 17 mars 2016, en compagnie de Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, pour des accusations de complot et d'abus de confiance. Le dossier est actuellement devant les tribunaux.

En conclusion, l'idée de rassembler les jeunes est sans doute excellente. Mais, la rationalité technocratique qui s'empare de ces instances introduit dans le corps social un effroyable bacille. Elle offre à la relève ce que notre époque compte de plus moralement détestable, à savoir un «turbo-LIBÉRAL-isme» devenu fou.

mardi 24 juillet 2012

Une année horrible pour les souverainistes

Annus horribilis est l'expression employée par notre reine Élisabeth II pour qualifier l'ensemble de ses déboires familiaux en 1992. L'année qui s'achève fut également catastrophique pour les souverainistes. Parlez-en aux organisateurs bloquistes ou péquistes! Tout le monde en convient, 2012 ne s'annonce guère mieux pour celles et ceux qui désirent encore faire du Québec un pays.

L'opposition au très impopulaire gouvernement Charest est divisée. Le débat [à l'allure puérile] sur les accommodements raisonnables resurgit juste avant le temps des Fêtes. Le réalignement des nationalistes «bleus» en faveur du terne François Legault n'augure rien d'excitant en politique «provinciale». Quant à l'engouement que les Québécois semblent porter à Gilles Duceppe depuis son humiliation du 2 mai, il tient du paradoxe. Possiblement le même qui reporta René Lévesque au pouvoir moins d'un an après le premier échec référendaire.

Soyons clair. Toute nation qui se respecte aspire à fonder un État. Dans une fédération, chaque nation doit faire des compromis, parfois sur ses intérêts vitaux. Des crises ont éclaté par le passé, d'autres se produiront inévitablement à l'avenir. Pour rendre la domination de la majorité moins oppressante, les [dirigeants canadiens-français] ont cultivé et exploité habilement la théorie du pacte, de la dualité canadienne. Qui a été dupe du mythe des «deux peuples fondateurs», à part les francophones?

Au Canada anglais, le Québec est une province ne nécessitant aucun statut particulier et les francophones ne constituent qu'une minorité parmi d'autres. Cette conception trouve son expression notamment dans le multiculturalisme et la Charte canadienne des droits. What does Quebec want? À 23%, la «réserve française» n'est même plus une préoccupation pour le ROC et ses hauts fonctionnaires unilingues. Trente ans sans adhérer à la Constitution du pays et nul sentiment d'urgence. Autant de coups de force ou de simples ingérences dans notre vie collective qui ne justifient pas qu'on s'oublie.

Nous ne devons pas fléchir dans nos moyens comme dans nos aspirations les plus légitimes. Pourtant, de vexations en révoltes, mesures de guerre et «dernières chances» - la «vague orange» est le nouvel avatar - l'histoire politique du Québec bégaie, tourne en rond dans ses projets, son utopie républicaine. Épuisés, nos représentants délaissent le contenu pour le contenant. Le peuple ne leur fait plus confiance. Et pour cause, comme le souligne Joseph Yvon Thériault dans un texte publié par Le Devoir, la démocratie s'exerce de plus en plus contre la politique. Populisme de droite, populisme de gauche... L'environnement, la santé, le déficit zéro ou les accommodements raisonnables deviennent autant d'exutoires «citoyens» au refoulement de la question nationale.

Soit dit en passant, la question nationale n'appartient pas seulement aux Montréalais. André Laurendeau, par exemple, le savait et évitait la condescendance à l'égard des régions. Il y a une vie intellectuelle progressiste hors du conservatisme identitaire élitiste de certains intolérants. Leur attitude centralise et isole le mouvement national, car les principes de la liberté, les droits de l'homme, la nature et l'objet d'un  gouvernement occupent tous les esprits et se discutent jusque dans le village le plus reculé de notre Québec immense. Fernand Dumont ne disait-il pas, en 1991, «la première condition pour une décentralisation véritable n'est pas d'abord de l'ordre de l'organisation ou de l'administration; elle relève de la culture»?

Mauvaise nouvelle pour le Québec français, les trois circonscriptions créées dans la couronne de Montréal ne seront jamais aussi francophones que Lotbinière, Kamouraska-Témiscouata et Matane. Le coup fatal porté à notre nationalité en région pourrait bien venir de ces jeunes issus de la classe moyenne qui partent en autobus étudier à l'extérieur en souhaitant au retour parler un anglais sans accent, c'est-à-dire sans québécitude. La suprématie anglo-saxonne impressionne toujours les moutons atteints de fatigue culturelle. Où sont les Indignés de la langue?

Tocqueville a écrit: «Les peuples se ressentent toujours de leur origine.» Ce que nous disons et ce que nous ferons comme Québécois témoignent d'une volonté d'en finir. En attendant notre capitulation définitive promue par les tenants de la collaboration sans condition, vivre en français est plus que jamais un acte de résistance.

Article paru dans Le Devoir, Libre opinion, 19 décembre 2011 [En ligne] http://www.ledevoir.com/politique/canada/338697/libre-opinion-une-annee-horrible-pour-les-souverainistes (Page consultée le 19 juillet 2015).

lundi 23 juillet 2012

Occupons la forge à grand-papa Léo

À la mi-novembre, quelques dizaines de jeunes Rimouskois en colère ont décidé de joindre le grand mouvement des Indignés(1). Une majorité de Québécois semblent les appuyer. Affirmant dans un slogan représenter 99% de la population, les campeurs du parc de la Gare dénoncent avec éclectisme la gouvernance mondiale.

Le capitalisme, dans sa forme spéculative en particulier, s'est déchaîné ces derniers 30 ans comme il n'avait pu le faire depuis le XIXe siècle. Or, les sociétés occidentales de cette époque - l'Angleterre victorienne en tête - mobilisèrent leur «réservoir culturel» afin de le civiliser: famille, religion, nation, etc. En nous convainquant du caractère patriarcal de la famille, obscurantiste de la religion et xénophobe de la nation, la contre-culture des années 1960 a considérablement affaibli les valeurs culturelles fondamentales dressées contre les excès du marché et permis ironiquement à la crise de s'étendre. Bien que progressiste, l'émancipation de l'individu et des minorités mis en péril le lien social, notamment la solidarité entre travailleurs. Cette interprétation - venant autant de la droite que de la gauche - explique pourquoi nous sommes aujourd'hui dans un monde en déficit de sens, modernes désemparés le plus souvent réduits à la consommation et au divertissement. Qu'avons-nous à transmettre?

Revitaliser la vieille forge

Unique au Bas-Saint-Laurent, la boutique du forgeron et maréchal-ferrant Léonidas (Léo) St-Laurent (1908-1985) subsiste toujours sur son site d'origine au centre du village de Saint-Anaclet-de-Lessard près de Rimouski(2). Ce bâtiment de style Second Empire avec toit à la Mansart à deux eaux construit en 1885 par Zéphirin Lavoie, cédé par la succession de la famille St-Laurent à la Corporation du patrimoine de ladite municipalité au printemps 2007 et nouvellement restauré(3), fut un endroit où mon aïeul rendit généreusement de 1939 à 1973 de multiples services aux ruraux, faisant honneur au passage à la proverbiale hospitalité des Canadiens français(4). S'y rencontrer et discuter, bien au chaud, des sujets les plus divers devint pour de nombreux citoyens anaclois un rituel quotidien. Simple nostalgie? Pour l'appartenance à la communauté, l'avenir de la civilisation occidentale et un développement durable, j'estime plutôt que certains lieux publics et savoir-faire ancestraux - masculins dans ce cas-ci - méritent une seconde vie. Ils donnent sens à notre existence en nous aidant à faire monde commun. Bref, un métier de forgeron à remettre sur l'enclume et une «ligue du vieux poêle» à ressusciter.


La forge St-Laurent avec l'étable et la maison du forgeron en novembre 2011. Photo: Caroline Sarah St-Laurent
Article paru sur le site Internet du quotidien Le Soleil de Québec le 27 novembre 2011.

Notes et références
(1) Justine Canonne, «Indignés: les nouvelles formes de protestation», Sciences Humaines, mise à jour le 2 novembre 2015, [En ligne] http://www.scienceshumaines.com/indignes-les-nouvelles-formes-de-protestation_fr_28437.html (Page consultée le 14 août 2016).
(2) Située au 76, Principale Ouest.
(3) Page de la Corporation sur le site Internet de la municipalité: http://www.stanaclet.qc.ca/histoire/index.php?page=2
(4) Sur l'hospitalité des Canadiens français, il importe de citer le plus grand contempteur de notre nationalité avant Pierre Elliott Trudeau. John George Lambton, comte de Durham, dut concéder dans son fameux rapport de 1839: «Ils sont doux et accueillants, frugaux, ingénieux et honnêtes, très sociables, gais et hospitaliers; ils se distinguent par une courtoisie et une politesse vraie qui pénètrent toutes les classes de leur société».

Léonidas St-Laurent à l'entrée de la forge.
Photo: Famille Luc St-Laurent

Partie avant du bâtiment vers 2003. Photo: Caroline Sarah St-Laurent

L'arrière de la forge vers 2003. Photo: Caroline Sarah St-Laurent
On pouvait encore apprécier les traces laissées sur le bois par le grand incendie du 7 août 1945.

Retour sur la «vague orange» en Gaspésie et aux Îles(1)

«Jack Layton, lors de son discours après la diffusion des résultats de l'élection du 2 mai dernier.»
Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Changement

Nous apprenions le soir du 2 mai 2011 que la circonscription de Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine n'a pas échappé à la «vague orange». Fort du charisme de son chef, Jack Layton, le candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD), Philip Toone, fut élu avec 33,8% des suffrages valides. Cela représentait une mince avance de 2,1% ou 777 votes sur son principal adversaire, le bloquiste Daniel Côté. Les néodémocrates n'avaient obtenu que 7% des voix en 2008.

Le peuple québécois commence tout juste à mesurer les conséquences des dernières élections fédérales. Songeons à Harper majoritaire, à la crise au Parti québécois et à la faiblesse ou simple inexpérience de la députation néodémocrate.

Continuité

Un examen détaillé des résultats montre néanmoins la reproduction des clivages géographiques, ethniques et linguistiques en Gaspésie et aux Îles. Ainsi, le sentiment d'appartenir au Canada devient plus vif à la frontière néo-brunswickoise. Pendant que la majorité francophone appuyait tièdement le Bloc québécois, les options fédéralistes engrangeaient un score quasi soviétique chez les anglophones et l'abstention concernait environ 80%(2) des autochtones. C'est à la fois l'usure du Bloc parmi les francophones, le rejet massif du nationalisme québécois au sein des minorités et la personnalité du «bon Jack» Layton - sans véritable offre pour le Québec - qui donnèrent la victoire au NPD.

Le peuplement de la région est relativement ancien et diversifié: Micmacs, Acadiens, Loyalistes, Jersiais, Canadiens français, etc. Chaque communauté possède ses institutions. Nous relevions à l'instant les visions contrastées du pays qui en émanent. Il est remarquable que les électeurs inscrivent leurs choix dans la mémoire longue des peuples. L'analyste, cependant, est en droit de se demander si les groupes évoluant dans une telle mosaïque arrivent à se parler.

Rupture

Il existe plusieurs modèles d'intégration sociale. Le néolibéralisme travaille à l'effacement des nations au profit des seuls droits individuels et intérêts économiques. Cette logique a plus de ramifications qu'on ne se l'imagine quand on considère le positionnement centralisateur et chartiste du NPD. Les aspects politiques de la vie humaine ont été gravement minorés dans les livres d'histoire(3), puis délibérément occultés à l'école(4). Comme la plante privée de lumière, les projets collectifs s'étiolent, tandis que les jeunes lorgnent «l'international». À peine 53,8% des électeurs gaspésiens et madelinots sont allés aux urnes le 2 mai, 62,9% à travers le Canada, ce qui correspond à un véritable décrochage citoyen.

Il y a aujourd'hui un développement plus inquiétant que les traditionnels clivages ethnolinguistiques. Margaret Thatcher nia un jour l'existence de la société! Nous craignons par-dessus tout que l'avancement d'un libéralisme monochrome, si bien illustré au Québec par cette «vague orange» surgie de nulle part, ne se fasse au prix d'une perte de repères culturels. Les futures générations seront-elles coupées d'un riche patrimoine?

Cette analyse est une version remaniée de notre texte paru sur le site Internet du quotidien Le Soleil de Québec le 6 novembre 2011.

Notes

(1) J'ai accordé à ce propos une entrevue à la radio CFIM des Îles-de-la-Madeleine le 8 novembre 2011. «L'heure d'ici» est une émission d'information du midi animée par Pierre Aucoin.
(2) Sur le territoire de la réserve de Listuguj, par exemple, 1139 des 1385 électeurs n'ont pas voté la journée du 2 mai (82,2%). Canada, Élections Canada, Résultats officiels du scrutin. Quarante et unième élection générale 2011, [En ligne] http://www.elections.ca/scripts/ovr2011/defaultf.html (Page consultée le 26 août 2016).
(3) Pour ne citer que trois ouvrages synthèses: Histoire du Québec contemporain (1979, rééditée en 1989), Histoire de la Gaspésie (1981, rééditée en 1999) et Histoire des Îles-de-la-Madeleine (2003).
(4) Antoine Robitaille, «Cours d'histoire épurés au secondaire, Québec songe à un enseignement ''moins politique'', non national et plus ''pluriel''», Le Devoir, 27 avril 2006, p. A1 et A8, [En ligne] http://www.ledevoir.com/societe/education/107695/cours-d-histoire-epures-au-secondaire (Page consultée le 4 septembre 2016).

Lectures suggérées

Pierre Drouilly, «L'élection fédérale de 2011 au Québec. Un ''OVNI'' électoral», dans Miriam Fahmy, sous la dir., L'état du Québec 2012, Montréal, Boréal, 2012, p. 110-118. ISBN: 978-2-7646-2162-2.

Richard Nadeau et Éric Bélanger, «Comment expliquer la vague orange du 2 mai au Québec?», dans Miriam Fahmy, sous la dir., L'état du Québec 2012, op. cit., p. 119-125.

dimanche 22 juillet 2012

UQAR: L'échec des fonctionnaires du développement territorial


La Commission de la représentation électorale (CRE) fixe les limites des circonscriptions d'abord en fonction du nombre d'électeurs. Cela tombe mal pour plusieurs municipalités rurales de l'Est du Québec qui combinent tous les types de déclins démographiques imaginables: la ruralité face aux villes centres, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie comparativement au reste du Québec, le Québec à l'intérieur du Canada et la civilisation occidentale dans le monde.

De 10 élus sur 91 à l'Assemblée législative en 1944, l'Est du Québec est passé à huit sur 125 présentement à l'Assemblée nationale et le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) prévoit nous en enlever deux autres. La tendance est à la baisse, absolue ou relative, peu importe le scénario retenu. Le même phénomène s'observe au fédéral.

Ici, comme ailleurs sur le globe, une immigration de masse remplace les populations euro-descendantes vieillissantes. On comprend que les trois circonscriptions créées autour de Montréal ne seront jamais aussi francophones que celles appelées à disparaître: Lotbinière, Kamouraska-Témiscouata et Matane.

Défendre le poids politique de sa région est normal, attendu et entendu. Ma réflexion emprunte une autre direction. Après des années de statu quo, le moment de vérité est arrivé et le couperet du DGEQ est tombé. Les fonctionnaires qui pratiquent les «métiers du développement territorial», notamment l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) qui en fait un «axe d'excellence», doivent se regarder en face, questionner jusqu'à leur existence. Est-ce que le territoire dans son ensemble se porte mieux depuis leur apparition dans les années 1960 et 1970? Quels emplois assurent-ils à part les leurs à Rimouski? Cette pléthore de technocrates n'ayant su infléchir la courbe démographique et éviter la catastrophe, la réponse risque d'être dérangeante. Chaque refonte de la carte électorale est pour eux un nouveau constat d'échec.

Une première version de ce billet parue dans Le Bas St-Laurent, Rimouski, 12 octobre 2011, p. 6.

Nos héros, ces forestiers et voyageurs dépeints par Joseph-Charles Taché (1863)

Illustration de la couverture: Cornelius Krieghoff, Tête d'habitant,
Musée McCord, M967.100.11.
Source: Les Éditions du Boréal

Des millions d'enfants à travers le monde se costumeront à l'image de leur personnage hollywoodien favori pour Halloween. Par chez nous, des figures héroïques devraient pourtant s'imposer à la mémoire des adultes: celles notamment de ces forestiers et voyageurs décrites il y a un siècle et demi par Joseph-Charles Taché dont je vous recommande la lecture(1).

Il ne s'agit pas de regretter une époque révolue, mais de reconnaître que ce que nous sommes n'est pas apparu avec la Révolution tranquille et ne disparaîtra pas avec elle si nous le voulons. Nos ancêtres bas-laurentiens furent pittoresques. Les draveurs, en particulier, ont déployé sur le territoire toute la force, l'adresse, le courage, la patience et la santé dont l'homme est capable. Tirons-en un réservoir inépuisable de traditions. Mauvaise conscience? Qu'on se le dise, certains peuples ont un passé plus lourd et honteux que le nôtre.

La forêt a toujours joué un rôle essentiel dans notre identité. À l'heure des «accommodements raisonnables», il faut urgemment se réconcilier avec notre passé canadien-français afin d'en réaffirmer le meilleur (notre désir de durer) et d'en extirper le pire (le repli identitaire). Nous contribuerons ainsi, je l'espère, à la diversité culturelle du monde en ne redoutant point l'assimilation.

Article paru dans L'Information, Mont-Joli, 12 octobre 2011, p. 6.

Référence
(1) Joseph-Charles Taché, Forestiers et Voyageurs. Moeurs et légendes canadiennes, Postface de Michel Biron, Montréal, Boréal, 2002 [1863], Coll. «Boréal compact», no 137, 267 p. ISBN: 2-7646-0177-8.

samedi 21 juillet 2012

Saint-Anaclet-de-Lessard veut s'urbaniser! (1)

Photo: Site Internet de la municipalité

Selon l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), la population bas-laurentienne a diminué de 14 000 personnes entre 1986 et 2010.

Celle de la MRC Rimouski-Neigette montre une très légère augmentation. Avec une fécondité ne permettant pas le renouvellement des générations et un bilan migratoire négatif, c'est bientôt toute la région, pas seulement le haut-pays, qui connaîtra le déclin.

Faisant fi de la réalité démographique, le maire de Saint-Anaclet-de-Lessard, Francis St-Pierre, veut s'attaquer à une denrée précieuse au Québec: le territoire agricole. Il nous assure que Saint-Anaclet va mourir s'il n'a pas «sa» centaine de nouvelles maisons! [«Si c'est non à la CPTAQ, c'est l'annexion qui nous guette. [...] Une municipalité, c'est comme une entreprise. Elle doit se développer pour survivre.(2)»] Comprenez le raisonnement: Saint-Anaclet doit pouvoir s'urbaniser, devenir comme Rimouski, afin de préserver son autonomie face à Rimouski...

Monsieur le maire, une municipalité n'est pas une entreprise privée, mais un palier de gouvernement. Or, votre communauté n'a vu sa population augmenter que de 400 personnes en 25 ans [1981-2006]. Une grosse moyenne de 16 individus par année!(3)

Pourquoi développer de nouveaux quartiers alors que le besoin réel n'y est pas, que la planète succombe sous le coup de notre hyperconsommation et que l'industrie de la construction est, aux dernières nouvelles, entre les mains de «cliques mafieuses»?

Je souhaite que la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) tienne son bout.

Article paru dans Le Progrès-Écho de Rimouski le 25 septembre 2011 à la page 6.

Épilogue

«La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) refuse à nouveau de modifier le règlement de zonage de la municipalité de Saint-Anaclet-de-Lessard. La municipalité ne pourra pas sortir de la ceinture de terres agricoles qui limite son développement résidentiel.

Dans son rapport préliminaire, la Commission de protection du territoire agricole du Québec fait valoir que la modification du zonage ouvrirait la porte à une forme d'étalement urbain. La CPTAQ estime que le terrain a un bon potentiel agricole et que le développement résidentiel peut être implanté ailleurs.

Il s'agit du second refus de la CPTAQ dans ce dossier.

Le maire de Saint-Anaclet, Francis Saint-Pierre, est outré. [...]»

Source: «Développement résidentiel: Saint-Anaclet à nouveau déboutée [sic]», Ici.Radio-Canada.ca, 16 août 2013. [En ligne] http://ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2013/08/16/001-bsl-saint-anaclet-cptaq.shtml (Page consultée le 20 juin 2016).


Francis St-Pierre
Photo: Thérèse Martin, L'Avantage, 27 novembre 2013

Quand la réalité tourne à la caricature...

Source: No 1104, 14 août 2013.

Notes et références
(1) Le texte avait pour titre à l'origine: «Opulence crasse».
(2) Carl Thériault, «Projet de développement résidentiel: St-Anaclet face à son avenir», Le Soleil, 3 août 2011 [En ligne] www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/les-regions/201108/02/01-4422992-un-projet-de-developpement-residentiel-st-anaclet-face-a-son-avenir.php (Page consultée le 12 juillet 2015).
(3) Selon le Recensement de 2011, rendu public en 2012, la population de Saint-Anaclet-de-Lessard aurait augmenté de 391 personnes (14,8%) entre 2006 et 2011. Cette hausse subite n'est pas due à l'accroissement naturel. L'âge médian continue à s'élever (37,7 ans en 2001, 39,7 ans en 2006 et 40,2 ans en 2011). Quand on sait que la population du haut-pays de la Neigette diminue toujours (Saint-Narcisse, -6,5%, La Trinité-des-Monts, -7,9%, Saint-Marcellin, -9,5%), on comprend qu'il s'agit de déshabiller Pierre pour habiller Paul.
De plus, nous lisons sur le site Internet de la municipalité: «C'est le 1er avril 2009 que le Pavillon L'Héritage de Saint-Anaclet a démarré sa seconde vie, passant d'une école secondaire à [tenez-vous bien] une résidence pour personnes âgées autonomes ou en légère perte d'autonomie»! Où est le «boom démographique» monsieur le maire?

mercredi 11 juillet 2012

Le confort individuel prime sur tout

Jean-François Fortin fut élu avec une confortable majorité aux dernières élections fédérales. M. Fortin obtint le meilleur résultat du Bloc québécois, soit 3669 voix d'avance sur sa principale adversaire. Il reçut même près de 58% des suffrages valides à Sainte-Flavie. Plusieurs voient aujourd'hui en lui le futur chef de la formation souverainiste à Ottawa.

Cette analyse occulte une toute autre réalité: celle de la «majorité silencieuse». M. Fortin ne jouit au fond que de l'appui de 36% des électeurs qui osent encore se rendre aux urnes, c'est-à-dire à peine un électeur inscrit sur cinq.

Les gens de Sainte-Flavie virent le cheminement de M. Fortin. Enseignant en science politique au Cégep de Rimouski, il devint bientôt maire de sa municipalité. Il agissait pratiquement comme le député en titre de sa circonscription depuis deux ans et s'impliqua récemment lors des «grandes marées». Aurait-il pu être plus près de ses commettants? Il faut croire que oui puisque les deux tiers des Flaviens et des Flaviennes - préférant l'abstention ou les autres partis - ne se sont pas exprimés en sa faveur.

À moins que le désintérêt pour la chose publique - toute cause confondue - ait atteint un niveau catastrophique. Proposez n'importe quoi afin de faire de la politique autrement et vous verrez que la moitié de la population s'en fiche! Parmi les 50% restant, tous ne s'intéressent pas aux mêmes enjeux. Décidément, il n'y a plus de lieux de rassemblement. Le confort individuel prime sur tout.

Où allons-nous collectivement lorsque nous affirmons notre cynisme envers la chose publique, notre fatigue de la souveraineté, notre ennui de parler français, bref notre lassitude d'être ce que nous sommes? N'est-il pas temps plutôt de se rallier à ce que notre petite nation en terre d'Amérique compte encore de projets inachevés?

Article paru dans l'hebdomadaire L'Information de Mont-Joli le 14 septembre 2011 à la page 6.

Lecture suggérée

Beauchemin, Jacques. 2007. La société des identités. Éthique et politique dans le monde contemporain, 2e éd. rev. et augm. Outremont: Athéna, 224 p. ISBN: 978-2-922865-56-1.

(Saint-Donat-de-Rimouski) Hommage à un bâtisseur

Il y a de cela déjà quelque temps, j'ai eu la chance de pouvoir m'entretenir avec un homme persévérant qui a su marquer la scène locale et régionale(1).

Né le 3 août 1915 au rang des Sept-Lacs, monsieur Étienne Caron a été maire de Saint-Donat durant 28 ans et des poussières. Entre 1953 et 1981, il fut réélu le plus souvent sans opposition.

Tout au long de sa carrière, cet agriculteur de profession oeuvra - la plupart du temps à titre de bénévole - au sein de nombreuses instances qui présidèrent à l'avancement du monde rural de la zone Rimouski-Mitis.

Résolu à s'attaquer autant à la stagnation qu'au déclin socioéconomique de son milieu, monsieur Caron devint en quelque sorte la «bougie d'allumage» de plusieurs grands projets dont le plus notoire est sans contredit le développement récréatif du Parc du Mont-Comi. Comme toute personnalité politique, il ne fut pas à l'abri des critiques. Calme et prudent face à l'adversité - conservateur dans l'âme faut-il dire - son style de gestion fut probablement conforme à celui de sa génération.

Je tiens à le féliciter pour tous les services rendus à la collectivité régionale, à le remercier de m'avoir accueilli chez lui et, enfin, en profiter pour lui souhaiter de belles années encore(2).

Article paru dans l'hebdomadaire L'Information de Mont-Joli le 15 juillet 2007 à la page 19.

Notes

(1) Les entrevues furent réalisées en septembre 2004. Comme plusieurs Québécois de sa génération qui jouirent dans leurs vieux jours d'une relative aisance, il allait passer la saison froide près de Miami en Floride. Vous pouvez lire l'histoire de vie que j'en ai fait sur le site Internet de la municipalité de Saint-Donat ou sur Sémaphore, le dépôt numérique de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

(2) Monsieur Étienne Caron est décédé au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de La Mitis (Mont-Joli) le 19 février 2008 à l'âge de 92 ans et demi. Il repose au cimetière de Saint-Donat.

*
* *

À l'occasion de ses 25 ans à la mairie, le 30 septembre 1978, la population de Saint-Donat lui a rendu hommage par une grande fête en son honneur. Lors d'un congrès le 14 octobre suivant, à Québec, l'Union des Conseils de Comté, par l'entremise du ministère (Jacques Parizeau), lui décerne une autre décoration.





Photos: Gracieuseté de Martin Desjardins


Photo: Progrès-Écho, Rimousk i, mercredi 11 octobre 1978, p. A12.

lundi 9 juillet 2012

Scrutin proportionnel et régions

Source: Le Directeur général des élections du Québec
D'ici avril 2008, l'électorat québécois sera appelé aux urnes. Bien que le mode de scrutin actuel favorise le maintien du bipartisme à l'Assemblée nationale, au moins quatre formations politiques affirment leur volonté d'être présentes sur l'ensemble du territoire. Elles permettent à l'électeur de se positionner non seulement sur la question nationale, mais entre les programmes de droite et de gauche. En ce sens, elles font du Québec une société démocratique occidentale «normale». Une nation traversée de plusieurs tendances parfois consensuelles, mais assez souvent contradictoires.

Si l'offre électorale varie aussi en fonction du marché politique, le pluralisme idéologique est particulièrement souhaitable pour les régions périphériques. Lors des élections générales du 25 septembre 1989, il n'y avait en moyenne que 2,9 candidats par circonscription au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, sur la Côte-Nord et aux Îles-de-la-Madeleine comparativement à 6,77 sur l'île de Montréal.

Face au Parti libéral et au Parti québécois, les tiers partis brillaient par leur absence dans près de la moitié des circonscriptions de l'Est. Le taux de participation y est aussi continuellement inférieur à la moyenne québécoise. Dans une stratégie visant à attirer de nouvelles populations de diverses origines en région, faire preuve d'ouverture d'esprit et de leadership est une nécessité. En politique, comme en d'autres domaines, le rattrapage demandé à l'Est du Québec est d'envergure historique.

Il y a en région de ces traditions canadiennes-françaises qui ne devraient plus exister. Nous ne sommes plus aux siècles passés lorsque certains bien-pensants redoutaient que la démocratie n'ébranle la cohésion nationale et que le pouvoir en place considérait les zones éloignées comme un simple réservoir de matières premières et de travailleurs. Des luttes ont été menées afin d'étendre le droit de suffrage à la quasi-totalité de la population adulte.

Chaque citoyen, tout en continuant de s'identifier à un territoire donné, est en droit d'exiger que sa voix compte. L'idéal démocratique postule l'égalité de tous devant la loi. Il faut tendre à diminuer le nombre de «voix perdantes» ou, en d'autres termes, augmenter l'«utilité du vote». Or, le mécanisme électoral en vigueur n'a de yeux que pour les majorités bien concentrées. Parlez-en aux dirigeants de l'Action démocratique et de Québec solidaire qui revendiquent légitimement l'instauration de le représentation proportionnelle! Selon moi, il est dans l'intérêt de tous les Québécois que l'on introduise au plus vite certains éléments de proportionnalité tout en respectant les cultures régionales.

Article paru dans Cyberpresse (Le Soleil), Opinions, mardi 30 janvier 2007.

Note:

La réforme de nos institutions démocratiques me semble aujourd'hui plus complexe qu'à l'époque. Elle exige un consensus et pourrait bien se révéler superficielle ou, pire encore, impolitique. Voir Joseph Yvon Thériault, «Politique et démocratie - Quand le remède pourrait tuer le patient», Le Devoir, 10 décembre 2011 [En ligne] http://www.ledevoir.com/politique/quebec/338070/politique-et-democratie-quand-le-remede-pourrait-tuer-le-patient (Page consultée le 29 août 2015).